j'aimerais réagir à l'article de Junon Moneta, car il me semble que votre analyse du rôle et de la fonction de la monnaie ne me semble ni suffisant ni satisfaisant:
En effet, il faut, à mon goût, distinguer bien plus finement en monnaie, crédit, création monétaire, l'aspect circulant et l'aspect "réserve de valeur".
Si nous négligeons, dans ce domaine, d'être précis, il me semblons que nous ne saisirons pas comment nous en sommes arrivés au point actuel.
Si vous permettez, je commenterai ce passage phrase par phrase en vert

Vous écrivez:

"La monnaie a toujours été nécessaire, mais l'humain a toujours triché avec ses monnaies. Il a inventé de multiples formes de monnaies (nourriture, coquillages, métaux précieux, matières rares), difficiles à trafiquer, et il a toujours introduit la « monnaie de singe » pour les populations, faciles à berner."

  JF commente:

     La notion de "tricherie", certes exacte, ne semble pas tout à fait saisir l'enjeu. Il faut bien dire en quoi consiste cette tricherie! Si la nécessité de la monnaie me semble indéniable, et ce depuis des millénaires, il s'agit de saisir en quoi consiste la tricherie possible. Il me semble que c'est quelque chose de sa conception ancestrale qui pose problème. Pour simplifier, son côté "difficile à trafiquer"que vous signalez est bien lié au fait de choisir un objet de la nature disponible en quantité limitée. Tant que ces monnaies naturelles sont utilisées telles quelles, il semble, selon ce que vous posez, que la "triche" est limitée ou nulle. On peut admettre cela. Mais cela ne répond pas au problème que des "monnaies de singe", comme vous dites, se substituent "toujours" à ces objets dignes de confiance. Pourquoi les populations serient-elles ainsi "faciles à berner"?

    Il me semble qu'une réponse vient du fait que la monnaie-objet naturel, l'or notamment, se révèle bien ,à un moment donné, insuffisante pour  organiser la complexité des échanges! En premier lieu, cette insuffisance provient, me semble-t-il, de la difficulté d'adapter la quantité de monnaie circulante à une économie en expansion. Car l'extension des échanges entre les agents nécessite sans aucun doute un volume circulant plus étendu à son tour, sinon, la monnaie fait rapidement défaut, elle devient rare, limite les échanges, elle devient donc rare et"chère". Autrement dit, les prix vont évoluer vers une baisse continue, ce qui revient à dire que le pouvoir d'achat de l'unité monétaire augmente sensiblement. Une telle monnaie aura tendance, dans un cycle se renforçant de lui-même, à circuler de moins en moins et à âtre thésaurisée, autrement dit, à devenir RESERVE DE VALEUR! Cet objet ainsi thésaurisé se "démonétise" ainsi peu à peu! Car une monnaie qui n'opère plus guère de transactions devient un objet que l'on accumule pour lui-même! Il devient un objet qui prend de la valeur (comme une bonne bouteille par exemple) avec le temps. La seule façon de "compenser" cela, pendant quelque temps, est la production de monnaie nouvelle. Tant que l'empire romain pouvait exploiter les mines d'or d'Espagne, l'empre fonctionnait en expansion du fait d'une monnaie circulante suffisante! L'opulence du début de l'empire est même proverbiale! Cette même opulence incitait les riches romains à importer des biens (exemple des épices et des pierres précieuses de toute l'Asie, l'Inde notamment), en échange de grandes quantités de pièces d'or frappées à l'effigie de l'empereur. Les archéologues trouvent encore aujourd'hui des trésors constitués loin de Rome et jusqu'en Inde et au-delà! S'ajoute à cela une certaine démonétisation des pièces en fabriquant des bijoux, des pertes quand un bâteau coule par exemple et aussi des trésors qui se constituent à l'intérieur même de l'empire chez les plus fortuné et les commerçants. Or, ces mines d'or se sont bel et bien épuisées au premier siècle après Jesus-Christ, et cela est, sans aucun doute, un élément décisif qui engageait l'Empire vers son déclin qui penait, pour la partie occidentale, quatre siècles. L'Epire d'Orient durait un millénaire de plus, car l'or y faisait, sans doute, moins défaut, en raison de son rôle commercial sans doute avec les pays situés plus à l'est.

    Mais j'arrête ici ce repère historique seulement esquissé et que des spécialistes connaissent bien pour venir aux temps actuels qui fonctionne avec la "monnaie papier" et qui a abandonné l'étalon or ainsi que toute autre référence à une monnaie disponible en quantité limitée. Est-ce pour autant une "monnaie de singe"? Amon sens, non, et je vous expose pourquoi en commentant la phrase suivante.

Vous poursuivez:    

"Depuis la « grande libéralisation » (années 1980-1990), nous avons confié la création de la monnaie aux plus grands tricheurs de tous les temps puisque, au lieu de créer des ateliers de fonte (industrie lourde) ou des ateliers d'imprimerie (industrie lourde elle aussi, du moins au départ), les grands commerçants, les banquiers, les assureurs et les Hauts Fonctionnaires sont devenus les maîtres absolus d'un système planétaire. Grâce à ce système, ils contrôlent les Banques Centrales (Europe) et Fédérales (Etats-Unis)... qui créent de la monnaie en un milliardième de seconde, en endettant les peuples et en puisant dans leur pouvoir d'achat futur avec de « la monnaie fondante » (trop abondante, et donc exerçant une fonction de « réserve de valeur » peu fiable). "

JF Commente:

    Vraiment? Avons-nous confié la création de la monnaie ainsi à des "tricheurs", les "plus grands de tous les temps"? Mon analyse de ce qui se passe me conduit à une analyse différente. En effet, l'émission monétaire moderne, centrale, en billets et pièces, par les banques centrales, ne se trouve pas, comme exposé plus haut, bridée par une quantité limité de l'objet naturel, l'or notamment. L'abolition même de l'étalon or, notamment, l'abolition de la convertibilité du dollar en 1971, a eu pour effet, somme toute, heureux, de faire évoluer l'émission de monnaie centrale en fonction des évolutions économiques, la croissance intérieure et aussi celle du commerce mondial.

    Mais,  cette situation a conservé intacte un autre fait, un fait monétaire qui avait été maintenu intact comme au temps de la monnaie or: La monnaie centrale (M0) reste une valeur refuge! Surtout, comme vous le remarquez, depuis les années 1980-1990. Car en limitant l'inflation, initiée par le fait que les salaires ne suivaient plus l'inflation, les revenus disponibles se retrouvaient limités, et, du coup, l'inflation s'est peu à peu assagie jusqu'à aujourd'hui. Cette qualité de valeur refuge n'arrange pas, évidemment, les banquiers et autres collecteurs de fonds. En effet, comment faire "travailler " une monnaie que les agents aimeraient bien garder en poche dès que l'inflation ne menace plus guère?

    Il faut bien saisir que cette monnaie ne rapporte pas d'intérêts à son détenteur, mais seulement à celui qui la prête, en quelque sorte pour limiter le risque qu'il prend, notamment celui du non-remboursement. En clair, si l'individu veut que son épargne lui rapporte, il la porte en banque qui lui verse alors un revenu d'intérêt, histoire de l'encourager à confier ses économies à la banque. Par le jeu des intérêts et des intérêts composés, les volumes épargnés en banque sont devenus, depuis les années 1980, considérables. En réalité, ce mouvement avait commencé dès 1945, époque où l'essentiel de la richesse était américaine. En particulier, les capacités de production, mais aussi les 2/3 des réserves d'or du monde. la croissance de trente glorieuses a quelque peu changé la donne, et sans appauvrir les USA, les autres pays du monde occidental ont rattrapé une bonne part de leur "retard" sur les USA. Voulant alors "convertir", les USA (Nixon) ont empêché cela unilatéralement, en suspendant les accords de Bretton Woods.

Cette libération de la contrainte de l'or peut aussi être interprêtée comme le début de la "grande libéralisation" que vous signalez! On s'est aperçu, en particulier les banquiers centraux, que l'absence de la référence à l'or ne changeait absolument rien pour ce qui est la détermination de la valeur de la monnaie. Celle-ci, en fait, se révélait dépendre de la richesse distribuée et produite, et, après une petite décennie (période des chocs pétroliers) d'apprentissage et de politique keynesienne, le monde dit capitaliste s'est converti au monétarisme.

    Il faut se souvenir ici aussi que l'épargne continuait à affluer dans les banques qui continuaient à la rémunérer confortablement. Comment les banques pouvaient-elles rémunérer ainsi l'épargne? Cela ne s'explique que par le fait que les banques ne stockaient en fait jamais les fonds collectés, mais ces fonds leur permettaient de "travailler", c'est-à-dire d'accorder des crédits en volume croissant, et au même rythme, exponentiel, que la croissance de l'épargne.

L'abondance des fonds à prêter reflétait celle de l'épargne du côté d'une petite minorité.

Et, il se trouve que "les plus grands tricheurs de tous les temps", comme vous écrivez, étaient bien contraints de faire des placmenets, de contrainte les emprunteurs à emprunter, au besoin en faisant appel aux états eux-mêmes pour se substituer aux emprunteurs de plus en plus insolvables.

Car l'épargne ne peut être rémunérée que si, par ailleurs, elle est investie dans des projets "rentables", c'est-à-dire producteurs d'intérêts. Avec les défauts apparus en 2007 et 2008, nous avons bien assisté à un début de "credit crunch", car les épargnants, via la faillite menaçante de leurs banques de dépôt et d'investissment, se sont réveillés inquiets (à juste titre) et, du coup, le refinancement pose bien les problèmes que nous connaissons.

Et vous avez raison, les système bancaire a, en raison du risque systémique, bel et bien contraint les banques centrales à émettre beaucoup de monnaie pour "couvrir" ainsi les gigantesques trous de refinancement apparus brusquement.

Quant à la fonction "réserve de valeur" que vous qualifiez de "peu fiable", on ne peut pas vraiment vous contredire, ni approuver sans réserve, car, en attendant une possible, probable hyperinflation, nous avons plutôt un climat déflationniste, notamment en Bourse et dans l'immobilier, mais au Japon, c'est général déjà.

Les déséquilibre mondial lié aux déficits géants des USA  nous "protège" provisoirement d'une dépréciation rapide du dollar, car cela ruinerait les créanciers qui ne veulent surtout pas cela! Il gardent donc leurs actifs en dollar et "toxiques".

Votre usage du mot "monnaie fondante" me pose un problème: S'il est vrai, sans doute, que beaucoup de monnaie centrale a été émise sans véritable contrevaleur, celle-ci ne me semble pas "fondante", ni au sens inflationniste ni au sens d'une "fonte faciale" (proposition gesellienne), mais l'objectif en est plutôt de préserver, coûte que coûte, la notion de la monnaie RESERVE DE VALEUR!

    Les agissements des banquiers centraux traduisent surtout un vrai désarroi, mais cela nous approche plutôt du gouffre au lieu de nous en éloigner, je pense que nous sommes d'accord sur ce point. Les actes des "plus grands tricheurs de tous les temps", il est vrai qu'il se remplissent les poches au passage,  sont cependant essentiellement  motivés par la nécessité absolue qu'éprouvent les détenteurs de capitaux (les plus grandes fortunes notamment) de trouver toujours et encore des placements rentables, en clair, des débiteurs nouveaux! Or, il n'y en a plus guère de nouveaux débiteurs solvables, d'où le blocage du système. les acrobaties financières des vingt dernières années, de plus en risquées et rémunératrices selon ces risques, sont déjà la conséquence du fait que des placements réellement industriels (l'industrie lourde dans votre écrit) étaient déjà problématiques depuis vingt ans au moins! En quelque sorte, ces vingt années ont permis de différer la crise systémique qui menaçait, en fait, déjà en 1990, au Japon en particulier!

    Pour changer ce dilemme, je vous écrirai, si vous le souhaitez, sur ce qu'est la monnaie anticrise (ou véritablement "fondante"), telle que Silvio Gesell l'avait proposée en son temps et qui permet de surmonter les blocages actuels, sans inflation!

Bien à vous, jf