1)Je crois que je n'ai pas été assez clair! J'appelle "thésaurisation" précisément les sommes de monnaie liquide en caisse et en poche, voire en coffre fort! Ce sont des sommes éminemment variables selon des critères largement de ce que les individus préfèrent et selon leur confiance dans le système bancaire! Il s'agit, pour moi, de sommes qui ne retournent pas à la banque pendant des moments parfois longs!

Ces sommes sont ainsi soustraites à la circulation monétaire; elles diminuent donc M0 circulante, et ce en dehors des décisisions de la BC.

Si la thésaurisation était stable dans le temps, même importante, elle n'aurait guère d'impact sur l'économie. Mais elle n'est absolument pas stable!

Elle constitue une menace pour le système, et cette menace est bien à la racine de l'intérêt d'épargne que proposent les banques!

La thésaurisation en elle-même ne rapporte aucun intérêt. Son efficacité est ailleurs, notamment celle d'être une menace déflationniste et systémique.

Un climat de baisse des prix revient à une valorisation de la monnaie, et les "thésauriseurs" sont gagnants en spéculant à la baisse des prix. J'avoue que c'est un peu "théorique", car la BC, depuis l'abandon de l'étalon or, a les moyens  de remettre autant de monnaie qu'il faut par en haut.

2)J'appelle "épargne" ce que les particuliers ramènent à la banque, et là, je dis que les particuliers ramènent leur monnaie à la banque parce que les banques les rémunèrent et parce qu'il ont confiance en la sécurité du sytème bancaire. Si l'intérêt, avec la monnaie anticrise, devait sensiblement baisser, l'incitation d'épargner se déplacerait, car en régime de monnaie anticrise, les thésaurisations (cf1)) deviendraient vite coûteuses, ce qui est la raison même de de l'introduction de la monnaie anticrise que je souhaite! Rendre la monnaie pleinement disponible et efficace via un retour impeccable vers les banques, sans delai inutile!

Actuellement, c'est bien à cause de la rémunération que les particuliers ne thésaurisent PAS davantage! Par contre, ils épargnent (en banque) ce qui est différent, totalement différent dans les effets!

3) la justification et la "philosophie" de l'intérêt sont sans doutes vieilles comme le capitalisme lui-même!

Vous ne serez pas surpris que je vous dis à quel point il est, pour moi, fondamentalement ILLEGITIME, car il est bien la rente capitaliste pour l'essentiel!

Pour expliquer cela, il faut que je revienne sur la théorie de la monnaie à partir du moment où l'on distingue la monnaie comme échangeur universel de la fonction RESERVE DE VALEUR que la monnaie tradionnelle a aussi! Abusivement, à mon sens!

En effet, en travaillant en échange de monnaie, j'obtiens donc le droit d'acheter en valeur autant que j'ai avancé de par mon travail.

Or, mon travail a une valeur qui a tendance à diminuer avac le temps qui passe. Par exemple, je produits des fraises, si je ne les veends pas au prix de ma production dans un delai rapide, mon travail subit des pertes importantes! Même chose en produisant des automobiles. On peut étendre ces considérations à tous les biens et services.

Par contre, en recevant de l'argent, je deviens, avec la monnaie actuelle, pas avec la monnaie anticrise, le MAITRE DU TEMPS! Car le fait d'avoir de la monnaie en poche, ou même en banque, me permet d'attendre, de choisir et différer l'achat assez librement!

Etant maître du temps (time is money!), je perçois alors, en toute rigueur, un "dédommagement" quand j'utilise ou prête la monnaie, et ce dédommagement s'appelle "intérêt", la rente du temps, une fonction stricte du temps! C'est comme si mon travail éphémère était devenu, par le passage par la monnaie, une valeur éternelle!

Une monnaie qui permet ce tour de passe-passe,  notre monnaie actuelle, fait que la racine du capitalisme est bien là, selon moi! Au nom de quoi est-il justifiable qu'un avantage acquis une fois (j'ai bien travaillé et bien vendu!)  devienne un avantage structurel et définitif?

Il me semble que Proudhon, un des inspirateurs de Gesell, était très opposé au système à intérêts, tout comme l'église, avant...

Si Proudhon avait pu proposer et expérimenter les banques d'échange, c'est qu'il voulait justement "élever la marchandise au rang de la monnaie", ce qui était, évidemment un échec! Gesell, au contraire, en gardait l'idée, mais il proposait le contraire: parce qu l'on ne peut élever la marchandise au rang de la monnaie, il faut proposer le contraire: "ravaler la monnaie au rang des marchandises!"

Tout ce qu'il proposait comme monnaie (franche =Freigeld en allemand) et que j'appelle monnaie anticrise, ne veut que ça! Rendre l'échange enfin équitable sur un plan formel!

Dans le détail, cela n'implique pas un changement des rapports de prix, car ceux-là, au contraire, deviendront très stables avec la monnaie anticrise, mais cela implique une circulation constante et impeccable de la monnaie.

Je rappelle que la monnaie n'est monnaie que circulante!

Dès que la monnaie quitte la circulation (thésaurisations), elle n'est plus, en toute rigueur (gesellienne), "monnaie", mais devient une chose!