Mon cher ami Jean-Louis,

Je t'écris ce petit mot en l'adressant en même temps aux autres. Il me semble que nous sommes à un point de nos échanges où il est difficile d'aller plus loin pour mes correspondants!

Et, finalement, j'en ai parlé hier avec ma femme qui reste toujours étonnée que je reste tant d'heures devant ma machine, alors mes correspondants semblent rester sur leurs positions, comme moi, d'ailleurs! Vous vous faitres plaisir, ajoute-t-elle. Elle n'a pas tort, heureusement qu'elle est là pour incarner pour moi le principe de réalité! En criant "à table!" par exemple!

En même temps, elle ajoute quand je lui explique mon obstinantion: "tu ne vas pas les changer, car cela fout en l'air toute leur vie académique, toute leur vie, leur raison de vivre et d'enseigner! Toi, tu as un autre métier qui te fait vivre, pas eux! ce que tu leur demande est sans doute au-dessus de leur force!"

"Ils doivent dire comme on leur a dit, et si les concepts n'ont aucune prise sur la réalité, si leurs savoir universitaire ne débouche sur strictement rien d'utilisable, c'est ainsi et cela restera sans doute ainsi, ils sont payés pour soutenir un savoir inutile!"

"Mais tout de même, lui dis-je, en médecine, il y a bien de temps en temps des avancées, et, en économie, à l'université, il n'y en aurait pas?"

En posant cette question, un élément de réponse surgit: C'est la pratique! Le dédain qu'ont les universitaires pour la pratique, cela se constate quand ils ne peuvent tout simplement pas entendre ni lire ce qu'écrit par exemple Paul Jorion ou Silvio Gesell, des praticiens avérés et qui ont théorisé à partir de leur pratique!

Je dois remercier aussi mon père et mon grand-père, car je suis tombé dans l'économie franchiste étant petit, même si j'ai parfois un peu moins fait pour cette cause, du fait de mon relatif isolement et de la nature inouïe dans tous les sens du mot du texte gesellien!

Comme écrivait Karl Walker, un des meilleurs connaisseurs de Gesell et héritier au sens où il a fait rééditer l'ordre économique naturel en allemand en 1949, voci le dilemme:

"L'auteur de cet ouvrage"(Silvio Gesell) n'était pas un économiste académique mais bien un de ces hommes en état de grâce qu'il y eut souvent dans l'histoire du progrès humain, des inventions et des découvertes, et qui, en se positionnant ailleurs que les professionnels, entrevoient de leur champ de vision soudain des éléments d'un problème et les possibilités de sa solution. Ceci est arrivé au découreur de l'économie franchiste sans qu'il soit parti à l'origine à la recherche d'une telle solution. Mais, voir dans une telle situation, sans formation académique particulière, l'importance de la chose, voir ce qui est essentiel, déceler comment s'enchaînent les éléments en sousjacent et leur loi interne, découvrier où se situent les nouveaux points de départavec des possibilités tout à fait nouvelles et insoupçonnées, cela a été, de tout temps, la marque du génie véritable."

Suivre Gesell est de ce fait plus facile pour quelqu'un comme moi, car je ne vis pas de la caste des économistes, j'ai un autre métier qui me nourrit!

Suivre Gesell, pour un économiste, c'est rompre avec la pseudoscience économique dans son ensemble et prendre un départ nouveau!

Et cela, c'est effectivement risqué, car toute la pseudoscience autour de la création monétaire via le crédit, la définition même de la monnaie, l'origine de l'intérêt et de la rente du capital, tout, tout tout est re mis en cause et mis à l'endroit d'une façon simple et cohérente par Gesell!

Les universitaires ayant pris acte de son travail sont peu nombreux, et, en général, après un exposé académique ou un séminaire, cela n'a visiblement aucun autre impact sur eux, car, comme je le constate aussi dans mes échanges, je suis toujours rapidement amené à "taire" la solution de la monnaie franche, car cela dérange visiblement!

Il est vrai que cette solution dérange le grand capital, et les économistes sont manifestement, "àl'insu de leur plein gré" ou ouvertement pour d'autres, à la botte de la haute finance!

Pourquoi la nature même de la monnaie, héritée de la monnaie or, et qui est un objet qui défie tout sens logique, en étant objet cessible et objet de collection à la fois (objet d'échange et valeur refuge), ne leur pose visiblement pas de problème?

A qui profite une telle indigence intellectuelle de la part des soi-disant savants aéconomistes?

Je t'en dirai plus bientôt, à+, jf