Cher Bruno, cher Paul, et les autres!

Décidément, vous me poussez dans mes retranchements, je vous en remercie!

La banque centrale émet de la monnaie parce qu'il en faut bien une!

Les banques commerciales, comme nous tous, sont usagers de la même monnaie!

Oui, c'est vrai, au fond de moi, vous interprêtez juste, la seule vraie monnaie reste bien la monnaie centrale!

Tous les autres biens et services s'échangent grâce à elle, et elle seule! Et parce qu'elle existe et est réputée!

Les DAV, pour lesquels je veux bien faire des concessions langagières, sont néanmoins, en toute rigueur, seulement des avoirs, des promesses de tant de monnaie (centrale).

Et, en tant que promesses, elles fonctionnent souvent et sont acceptées très largement dans les échanges, mais ces transactions sont, en toute rigueur, des échanges entre marchandises:

Une promesse (de tant de monnaie) contre un bien!

Il y a un autre détail qui a son importance, sans doute, on verra bien!

Le billet et la pièce sont anonymes, la "promesse" qu'ils comportent sont d'une nature radicalement différente des autres promesses, car il s'agit d'une garantie légale.

L'extension de cette garantie légale jusqu'à 70 000 euros sur les comptes bancaires est, par contre, un aveu de faiblesse du système, car, avant 2008, nul n'aurait osé ou même imaginé devoir faire une telle promesse qui n'engage que ceux qui la reçoivent! Et qui est un formidable aveu de fragilité!

En toute rigueur encore, la monnaie centrale circule véritablement sans aucune contre partie, cela va de soi, et c'est bien pourquoi c'est bien l'économie dans son ensemble qui en est la seule "contrepartie" de fait, à savoir son pouvoir d'achat.

La chose "semblait" différente quand nous avions la couverture or, car l'émission de billets se faisait alors, en principe, en fonction de l'or en stock dans les BC. Le résultat était une grande instabilité des prix en fonction des stocks d'or disponibles. Les banques centrales n'avaient pas alors la possibilité de s'orienter aux prix des choses.

On peut dire, a posteriori, que le souci de prix stables (indice des prix) peut et doit être retenu comme le "besoin" de l'économie en monnaie centrale, à distinguer de la "demande" de monnaie que font tous les acteurs en échange de biens.

J'insiste ici encore un petit peu sur la question de l'or qui avait été tranchée, en fait par le président Nixon, événement qui a permis à l'économie de fonctionner mieux!

Gesell l'avait dit depuis toujours, l'or comme base monétaire est totalement inutile, l'a , en fait et rétrospectivement, toujours été! Sauf que l'on ne le savait pas et que l'on ne savait sans doute pas faire aussi facilement de la monnaie en papier!

Il le montre d'ailleurs en constatant que la monnaie frappée se détachait toujours sensiblement de la valeur en teneur du metal, car, en fait, le sceau du roi "monétise",  rien d'autre! La monnaie frappée valait (en terme de pouvoir d'achat) en général plus que son poids en or.

Les pièces ayant cours légal étaient toujours préférées à l'usage aux lingots qui restaient, au fond, de la marchandise (un peu spéciale, mais tout de même).

Comme le signale Gesell, besoin et demande n'ont rien en commun. Lacan le dit dans une autre contexte concernant le sujet, mais cela nous mènerait un peu ailleurs.

Cela nous amène aussi à méditer sur les conditions de son émission!

C'est vrai, bien sûr, les banques obtiennent, selon des règles précises, autant de la monnaie centrale dont elles ont besoin, mais les instruments de politique monétaire se distinguent des politiques des banques commerciales par un but distinct, bien sûr!

Le souci des banques centrales est bien celui d'obtenir des rapports de prix les plus stables possibles, et quand elles visent une fourchette d'inflation annuelle entre 0 et 2%, leur "idéeal" serait sans doute 0% inflation par une émission de monnaie centrale à tout moment adéquate. Les BC se soucient des besoins de monnaie centrale, les autres banques tentent de satisfaire la demande de monnaie!

Avec la réforme de l'émission du numéraire telle que la préconise la réforme gesellienne, il s'agit, au fond, d'une proposition qui concerne en premier lieu les banques centrales!

En partant de ce point, peut-être que la logique de ce que j'essaie d'exposer s'imposerait sans doute mieux.

Pour saisir, on peut laisser de côté le comportement des banques et des acteurs dans un premier temps, pour s'en soucier ensuite bien entendu, quand ce sera le moment, et, à mon sens, tout s'éclairera assez facilement.

Votre question:

"Pourquoi la banque centrale pourrrait créer de la monnaie, et pas les banques commerciales. Ou sous une autre forme, si les banques commerciales ne peuvent créer de la monnaie, pourquoi la banque centrale pourrait-elle en créer?"

Avec la distinction entre besoin de monnaie et demande de monnaie, peut-être que cela passe mieux?

Les banques commerciales font demande de monnaie auprès du public et de la banque centrale ainsi qu'auprès des autres banques. Elles proposent pour cela un intérêt, sans quoi, le détenteur du billet du moment ne cède guère celui-ci. Cela serait différent en régime de monnaie anticrise.

Nous pouvons aussi considérer que le taux directeur de la banque centrale, instrument de sa politique monétaire, porte mal son nom, car ce taux ne dirige quasiment plus le niveau des taux d'intérêt pratiqués du marché. Nous le constatons aisément, car même à taux nul, l'intérêt de la monnaie ne disparaît pas et ne passe jamais en dessous de 3% pour les prêts, un peu moins pour l'épargne.

Et ce différentiel se maintient toujours, même en situation de restriction d'émission de monnaie centrale via une hausse des taux directeurs.

Malgré cela, sauf à taux directeur nul sans doute, les banques préfèrent se refinancer sur le marché, car elles vivent bien du différentiel entre les intérêts à payer et les intérêts obtenus (ou attendus? ex ante?)

Et les banques préfèrent aussi, actuellement, le retour et le dépôt à la BC des pièces et billets destiné à "atténuer" les frais liés au taux directeur. De plus, ces retour de nuéraire leur est (faiblement mais très sûrement!) rémunéré.

Car, il y a là une autre distinction qui se révèle: l'obtention de monnaie centrale implique, via le taux directeur (même faible) toujours un coût, car la BC ne fait pas "commerce" de cela, elle en a de toute façon le monopole!

C'est seulement avec la monnaie obtenue sur le marché que le commerce est possible qui dégage le différentiel (en principe) entre prêt bancaire et dépôt bancaire dont vivent les banques en tant qu'entreprises.

La crise de confiance actuelle vient bien du fait que ce commerce souffre, précisément, de la crise de confiance. le crédit est le marché de la confiance, pourrait-on dire.

Et ce fait déclenche la préférence massive pour la liquidité que nous observons actuellement!

En résumé, on doit bien admettre que la BC ne fait pas "crédit", mais qu'elle "dote" l'économie de monnaie dont elle a besoin, alors que les banques sont les marchands de la confiance (du crédit), et avait d'augmenter le besoin, elles font demande, autant que popssible, sur le marché.

Les exigences de retour de monnaie centrale sont, en fait "élastiques", car la BC a le souci de ne pas assécher les liquidités nécessaires (le besoin de monnaie!).

La mauvaise circulation de la monnaie centrale émise en très grande quantité depuis fin 2008 reflète la préférence pour la liquidité des acteurs économiques en relation avec la crise de confiance. Autrement dit, le BC n'ont plus les moyens de leur politique!

Suis-je plus clair?

Bien amicalement, jf