voici un mail reçu de holbecq - très gentil, je lui ai répoondu d'une façon circonstanciée,jf

----- Original Message -----

From: Johannes FINCKH

To: AJ Holbecq

Sent: Thursday, April 30, 2009 12:16 AM

Subject: Re: démonstration

Cher Monsieur Holbecq,

Je vous suis, malgré nos divergences de vue, très reconnaissant de poursuivre la conversation. Pour répondre point par point, je vais intercaler en bleu!

----- Original Message -----

From: AJ Holbecq

To: Johannes FINCKH

Cc: Paul Jorion

Sent: Wednesday, April 29, 2009 8:33 AM

Subject: démonstration

Monsieur Finckh

Paul Jorion censurant certains de mes messages (qui n'ont pourtant rien d'attaques "ad hominem"), par exemple celui qui suit... je n'interviendrai plus sur son blog: ainsi il aura un contradicteur de moins et ça m'évitera du travail.

Je vous joins juste le commentaire que j'avais essayé de poster hier sur le fil "VIDEO"

Pouvez vous m'envoyer cette démonstration (j'insiste sur le terme "démonstration", pas "affirmation")?

jf écrit " l n’y a aucune création monataire via le crédit bancaire - je le démontre chaque fois que je peux!"

vous voulez sans doute dire que les banques commerciales n'impriment pas de billets de banque? ça, tout le monde le sait...

Si par contre vous voulez dire que les banques commerciales n'émettent pas la monnaie scripturale contenue dans les agrégats monétaires (que ce soient les 3200 milliards d'euros scripturaux dans M1 ou les 8600 dans M3), j'aimerai bien lire votre démonstration (une démonstration, pas de simples affirmations dans le genre " les banques ne peuvent pas créer de monnaie scripturale" ). (je dis plutôt:"les banques ne créent pas de monnaie en inscrivant des sommes "scripturales", mais passons)

Bon, les 3200 milliards scripturaux de M1: ils s'agit, il me semble, de tous les avoirs des dépôts à vue que les particuliers ou les entreprises détiennent dans les banques?Cela n'implique pas que tous ces avoirs se présentent en même temps pour faire demande sur le marché des biens et services...D'autre part, les paiements effectués de compte à compte pour acheminer par ce biais-là, ne devraient guère faire varier la somme totale, car ce qui sort d'un compte est crédité sur un autre.Au sens strict, nous avons alors eu un acheminement de biens ou de services sans échange de monnaie en pièces et billets. Je suis d'accord pour dire que cet un moyen de paiement ou de règlement quand tout va bien.Mais il me semble qu'il n'est pas pertinent de dire que tout moyen de paiement est effectivement monnaie! Un transfert de créance est en fait un TROC! En tant que troc et dans la mesure où cela contribue à acheminer des biens et services, cela diminue l'usage des billets et des pièces pour effectuer cela. Pour des montants en général importants et donc pour la majorité des transactions, les pièces et billets sont donc de moins en moins utilisés, c'est un fait! En conséquence, on peut dire que les billets et pièces sont de plus en plus retirés de la circulation, mais restent, entre banques notamment, mais aussi pour le particulier, la garantie ultime, légale, de toutes ces opérations. Cela se vérifie chaque fois qu'une banque se mettrait à "vaciller", ce qui arrive de moins en moins du fait de la solidarité de place qui est mise en place de fait par les autorités publiques même dans les pays, comme la Grande Bretagne, elle n'était pas déjà prévue. Cela se vérifie encore, comme actuellement, par le fait que les banques centrales interviennent massivement avec des billets et autant que nécessaire pour éviter un effondrement de ces circuits. En clair, cette "monnaie scripturale"-là n'est donc pas véritablement de la monnaie, mais elle est réputée couverte par la monnaie centrale! Cela fait pour moi une différence plutôt essentielle. On peut, cependant, en étant plus "tolérant" que je ne le suis parfois, donc admettre que, à la rigueur et puisque l'opinion le voit ainsi, M1 joue alors comme de la monnaie véritable parce que la banque centrale est toujours présente en dernier ressort...car elle couvre même sans contrepartie (les actifs "toxiques" ne sont pas une vértitable contrepartie!).

Pour les 8600 dans M3,  plus clairement, il ne s'agit pas de monnaie! La banque qui accorde un crédit applique, comme vous l'admettez aussi, des règles prudentielles qui ne sont autre chose que la garantie, autant que possible, que l'emprunteur est solvable! Quand elle ne le fait pas, elle doit refinancer ces crédits instantanément via le marché interbancaire notamment ou en déposant des actifs à la banque centrale si nécessaire. Et nous tombons dans le cas d'une augmentation de M1 qui aurait un potentiel inflationniste théorique. Je reviendrai sur ce terme "théorique".

Et pour faire revenir des dépôts dans ses caisses, elle doit ouvrir des comptes d'épargne auprès du public, et les dépôts effectués par le public couvrent à tout moment les prêts accordés! Cela revient à dire que ce sont les épargnants qui, via la banque bien sûr, prêtent aux emprunteurs! Cela revient à dire aussi qu'il n'y a pas, là, de création monétaire possible dans ce cas, car ce que les épargnants achètent en moins est acheté en plus par les emprunteurs, à demande effective en volume constant!

Je suis d'ailleurs convaincu que les "8600 dans M3" doivent correspondre à autant de dettes en additionnent les dettes des particuliers, des entreprises et des instances publiques.

Car, cela est de l'ordre de l'évidence, à aucun moment il n'est possible d'échanger des biens et services qui ne seraient pas déjà là! Sinon, il n'y a pas de crédit ni demandé ni accordé, pour quoi faire? Exemple: en achetant une maison à crédit, la maison est bien là, et les épargnants l'ont financée, l'emprunteur doit rembourser en se privant d'acheter autre chose que celui qui se fait ainsi peut alors acheter s'il veut, ou un autre emprunteur et ainsi de suite. On peut étendre ce raisonnement à tout ce que l'on veut, jamais on ne sortira du présent, contrairement aux apparences.

En ce qui concerne le terme "théorique" à propos du potentiel plus ou moins fortement inflationniste, cela dépend encore d'autre chose, à mon avis: Si les banques font trop appel à la banque centrale pour se refinancer faute de capitaux disponibles ailleurs et si la croissance de la production reste en arrière (faible croissance du PIB), la demande de biens, services et d'équipement via le crédit serait trop forte par rapport aux "marchandises" au sens large disponibles, et les prix partent à la hausse sans doute! Quand une telle infaltion est anticipée, elle a beaucoup de chances à se réaliser. La banque centrale peut et va contrer cela en limitant l'accès à la monnaie centrale en jouant sur les taux centraux ou en vendant de l'or ou des devises, etc...

Le potentiel inflationniste "théorique" est cependant actuellement quasi nul parce qu'il se passe bien autre chose! Malgré le refinancement à guichets totalement ouverts comme au Japon et aux Etats-Unis ou en GB et un taux Refi historiquement bas pour la BCE (il ira vers zéro bientôt aussi!) et un peu partout dans le monde, et, donc, un accroissement kolossal de M0, nous n'observons guère de poussée inflationniste. Tout au plus arrive-t-on (au Japon même pas!) à éviter une déflation catastrophique!

Ce fait vient d'autre chose que Keynes avait déjà décrit comme la trappe aux liquidités! En effet, la crise de confiance fait que les épargnants ne veulent plus que leurs placement supportent les risques qu'ils acceptaient (via les banques) précédemment, et ils se maintiennent aussi liquides que possibles. Je reste personnellement même convaincu que de très grandes quantités de monnaie en billets sont tout simplement gelées dans des coffres forts!

Cette situation empêche les banques d'accorder autant de crédits qu'avant, et les entreprises et particuliers demandent moins du fait du climat déflationniste. Comme disait DSK dernièrement, les circuits sont gelés!

D'ailleurs, que dit la FED de Chicago dans l'introduction d'un booklet bien connu :

A Workbook on Bank Reserves and Deposit Expansion

Federal Reserve Bank of Chicago

Introduction

The purpose of this booklet is to describe the basic process of money creation in a "fractional reserve" banking system. The approach taken illustrates the changes in bank balance sheets that occur when deposits in banks change as a result of monetary action by the Federal Reserve System - the central bank of the United States. The relationships shown are based on simplifying assumptions. For the sake of simplicity, the relationships are shown as if they were mechanical, but they are not, as is described later in the booklet. Thus, they should not be interpreted to imply a close and predictable relationship between a specific central bank transaction and the quantity of money.

Bien sur, si vous rejetez a priori le fait que les chiffres du solde journalier de votre compte en banque (mais en avez vous un ?) représentent bien de la monnaie utilisable pour vos achats, monnaie globalement acceptée par vos fournisseurs lorsque vous payez par chèque, virement ou carte bancaire, ce n'est effectivement même pas la peine d'en parler: il faudra d'abord que vous fassiez changer la définition de "monnaie" dans les dictionnaires, car dans le mien (le Robert) je lis : "Tout instrument de mesure et de conservation de la valeur, de moyen d'échange des biens"

ok
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Je rajoute qu'il est sain, pour moi, que la monnaie soit bien une réserve de valeur: si on en manque, il suffit d'émettre "en plus" de la même quantité que celle qui ne circule pas et n'est pas déjà prêtée dans le système économique : inutile donc de me faire une diatribe contre la monnaie réserve de valeur, car de toute façon les gens ont besoin d'assurer leur futur et parfois il vaut mieux, pour eux, des "monétaires" que des actions ou des obligations.

Si je suis partisan de la monnaie "fondante", cela tient effectivement à cette étrange notion de "réserve de valeur" que vous ne critiquez pas et que vous jugez utile. Cela n'est évidemment pas mon avis! Vous le savez. Sans faire une simple "diatribe", je reprends et essaye encore de mieux dire. Epargner, assurer le futur, faire des projets me semble comme à vous et à tout un chacun, je suppose, une nécessité humaine fondamentale! Je ne doute pas de ce point. Vous supposez qu'il suffirait à la banque centrale de fournir toujours suffisamment de monnaie liquide pour garantir cette réserve de valeur. J'ai du mal avec cela, car nous sommes alors confrontés à une monnaie qui circule de moins en moins et effectue de moins en moins de transactions, comme nous le constatons actuellement malgré l'alimentation copieuse du système! Cela fait que la monnaie est elle-même effectivement devenue valeur refuge!

Et tous les biens, actions, maisons, mais aussi le travail, se trouvent engagés dans un mouvement de baisse que l'mission supplémentaire de monnaie centrale ne compensera que mal! Par contre,les dettes des plus pauvres restent nominalement inchangés et, face à cette situation, les défauts de paiement vont se multiplier comme nous le constatons tous les jours! Les pouvoirs publics pourraient déclarer unmoratoire général ou assez large? Je crois que les inconvénients tomberaient sous le sens, car ceux qui détiennent ces créances se trouveraient spoliés et auraient encore moins confiance! La monnaie elle-même perdrait le peu de capacité transactionnelle qui lui restait, car pourquoi prêter dans ce cas si on ne peut récupérer sa mise? Les emprunteurs et les investisseurs ne pourraient tout simplement plus rien faire, et l'état est incapable d'évaluer où il faut injecter la monnaie supplémentaire, me semble-t-il!

J'ajoute que je n'ai, au fond rien contre la notion de "valeur refuge"! Mais la valeur refuge ne saurait être, pour moi, en aucune façon la monnaie elle-même! La monnaie est faite pour opérer les transactions, le plus possibles. C'est sa raison d'être! Un objet tel que la monnaie ne saurait être à la fois ce que l'on cède en échange contre tout autre bien ou service et objet que l'on possède et retient en dernier ressort! Pour moi, le contresens saute aux yeux! Je ne peux à la fois offrir la monnaie et la retenir, c'est soit l'un, soit l'autre!

Et si une grande proportion est retenue, la vie économique s'arrête tout simpelement! Quant à la définition du ROBERT: cela est répété dans tous les manuels et elle est exacte pour la monnaie telle qu'elle est, mais je dis qjue cette monnaie fonctionne très mal ainsi parce que sa construction interne est un pur non-sens!

"Tout instrument de mesure et de conservation de la valeur, de moyen d'échange des biens" Comment une seule chose peut-elle valablement assumer des fonctions à ce point antinomiques?

L'échange marchand est le fait de se séparer de la marchandise ou du service (son temps notamment) en échange d'un objet qui conserve la valeur! A ce moment-là, céder à nouveau la monnaie en échange d'un bien est toujours dissymétrique, car, comme vous le savez, les marchandise et les services sont soumis à l'action du temps qui passe, alors que la monnaie (réserve de valeur) reste, surtout en cas de quasi-déflation, une valeur stable! C'est cette dissymmétrie fondamentale qui génère tous les sysfonctionnements du capitalisme! En effet, pour "compenser" le sacrifice de céder une "valeur stable" contre un objet qui se dévalorise avec le temps, la monnaie (ou plutôt le "capitaliste") exige une compensation, et cette compensation, une fonction stricte du temps, s'appelle intérêt monétaire net que Silvio Gesell a isolé comme "intérêt fondamental" (Urzins en allemand).

D'où son éxigence d'appliquer à la monnaie sa fameuse "taxe" ou "fonte", car, à ce moment-là, l'homme qui a l'argent éprouve la même urgence à échanger que le marchand de biens et services.

Encore une fois, cela n'implique pas que les avoirs monétaires (l'épargne!) seraient "taxés" aussi, car en appliquant cette taxe à la monnaie liquide (le numéraire), ce sera à celui qui détient le numéraire de s'aquitter de la taxe! Cette mesure résoudrait instantanément tous les problèmes de la trappe aux liquidités! Il va sans dire que les banques devraient repercuter ces taxes sur les dépôts à vue pour se couvrir! Et elles le feraient bien entendu facilement.

Par contre, l'épargnant serait parfaitement à l'abri de la taxe en question, car, comme je l'ai dit plus haut, le détenteur seul est concerné par la "fonte", et, donc l'utilisateur effectif de la monnaie s'il ne la cède pas dans l'intervalle prévu (un mois par exemple).

Nous supprimerions instantanément tout crise liée à la trappe aux liquidités!

Les épargnants chercheront évidemment "refuge" dans autre chose que la monnaie liquide, ce qui est bien l'effet recherché et obtenu par cette mesure! Alors, le "refuge" dans autre chose que la monnaie est plutôt recherché par cette mesure! Je précise que, contrairement à ce qu'objecte Keynes, cela n'est nullement néfaste à l'économie, car cela incite à la production de biens les plus durables possibles, donc le travail sera bien mieux valorisé!

Je vous en dirai davantage dans un échange ultérieur, car je crains d'être intarissable et incompréhensible alors!

Je suis, vous le savez, "pour" une taxation des patrimoines (y compris monétaires) et des revenus du capital: il y a ainsi une réinjection de monnaie dans l'économie réelle par l'intermédiaire de l'Etat, pas la peine de faire fondre quoi que ce soit, il suffit d'augmenter les taxes et de bien cibler leur champ d'application.

Concernant la taxation des patrimoines, je suis d'accord pour appliquer des taxes foncières élevées pour éviter des spéculations néfastes. Quant aux autres biens, cela ne me semble pas si nécessaire que cela, sauf pour certaines matières premières comme le pétrole.

Salutations

A-J Holbecq

En tout cas, je vous remercie de m'avoir donné l'occasion de m'expliquer!

J'aimerais bien vous en dire davantage sur la théorie de l'intérêty de Gesell, mais cela aussi, ce sera pour un autre échange!

Bien amicalement, Johannes Finckh

Avez vous signé la pétition " Pour que l'argent nous serve au lieu de nous asservir! " sur http://fr.public-debt.org/ ?