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From: Bruno Lemaire

To: Johannes FINCKH

Sent: Saturday, March 14, 2009 10:52 AM

Subject: 12 questions sur la monnaie

Cher Johannes,

Ayant poursuivi ma réflexion sur la monnaie en m’appuyant sur la lecture de trois auteurs :

S.Gesell, Maurice Allais et   .. Helmut Creutz,

Je voudrais vous soumettre un certain nombre de propositions,
et j’aimerai que vous me disiez avec lesquelles vous êtes en accord,
en désaccord, et, dans ce dernier cas, pourquoi
.

1) En économie stationnaire (croissance zéro), les intérêts payés aux
banques enrichissent la sphère financière aux dépens de la sphère ‘productive’.

Je dirais: les fortunes monétaires (avec la monnaie actuelle, bien sûr!) croissent même en cas de croissance économique nulle, ce qui implique que la grande majorité consommera d'autant moins et qu'une croissance nulle causera, pour l'année suivante, un risque sérieux de récession (décroissance), car la consommation devra chuter. Pour simplement maintenir le même niveau de vie de la majorite, il faudrait facilement 3 ou 4% de croissance!

La "sphère finacière", j'entends qu'il s'agirait des sommes utilisées pour nourrir des bulles spéculatives?

2) En économie en croissance, si le taux d’intérêt payé aux banques est supérieur au
taux de croissance de l’économie ‘réelle’, la sphère financière s’enrichit aux dépens
de la sphère ‘productive’.

Dans le même sens que la première question, les fortunes financières (monétaires) croissent en toute circonstance, et ce jusqu'au moment où leur croissance exponentielle Kn=(K+p) puissance n  rencontre la limite absolue des débiteurs insolvables en grand nombre (comme mainteant!).

(où K= le capital de départ, n=les années, et p = le taux d'intérêt.)

Il s'agit là d'une logique autonomisée et assez "folle", car aucune "croissance" économique réelle ne pourra suivre, du fait que les ressources et la force du travail (malgré les progrès technologiques) ont des limites.

De plus, la baisse de l'efficacité marginale du capital est une constante économique et liée au fait que le jeu de la concurrence a tendance à entamer les marges productives.

Par contre, la monnaie (actuelle) peut être retenu et exercer ainsi une pression (chantage) constante sur l'économie et tous ses acteurs, moyennant quoi, la croissance exponentielle du capital monétaire tend à se poursuivre inexorablement, quelle que soit la situation de l'économie réelle.

Et ceci causera tout aussi inexorablement l'effondrement du système et se terminera nécessairement très mal: crises sociales et guerres, si on ne modifie pas cela!

3) L’augmentation de la masse monétaire est due aux intérêts payés aux banques, lorsqu’il
n’y a pas augmentation nette du numéraire émis par la banque d’émission.

Encore une fois, non, les intérêts sont payés par les débiteurs, sans aucune augmentation de masse monétaire liée à cela.

Comme je l'affirme ailleurs, la croissance économique, accompagnée par les banques centrales, génère une création monétaire, afin d'éviter des évolutions déflationnistes (la banque centrale vise une petite inflation entre 0 et 2% avec plus ou moins de succès, car elle ne maîtrise que l'émission et pas l'utilisation de la monnaie émise).

La situation critique actuelle a cependant conxoqué les banques centrales à intervenir massivement, afin de nourrir les créanciers avec de la monnaie centrale qui (peut-être "heureusement"?) ne cricule guère, car nous aurions, sinon, une hyperinflation - éventualité prochainement possible, peut-être plus vite qu'imaginable, dès que les grands pays industriels seront déclarés en cessation de paiement.

4) La seule augmentation de la masse monétaire est égale à l’augmentation du numéraire émis par la banque d’émission.

oui.

En fait, les banques centrales ouvrent des comptes centraux aux banques qui les autorise à demander du numéraire selon leurs besoins et selon ce que les usagers demandent.

Le taux directeur (le Refi) est censé limiter l'émission, car il est en général supérieur au taux des marchés financier interbancaire. Mais nous vivons là aussi un moment extraordinaire où ces taux, comme au Japon, aux USA et en GrandeBretagne, et bientôt à la BCE, seront mis à zéro, et ceci implique effectivement un arrosage en monnaie liquide des réseaux bancaires, afin de masquer leur faillite (crise de confiance) et le défaut des débiteurs qui ne peuvent plus nourrir la rente du capital!

5) La maîtrise de la masse monétaire est un leurre, si on ne maîtrise pas aussi sa vitesse de
circulation

Tout à fait d'accord, on ne peut agir que sur ce qui est en movement, et la monnaie immobilisée (thésaurisée ou très ralentie) est comme une monnaie absente quant à la demande effective dans l'économie!

6) Dans le cas d’une monnaie franche, on peut maitriser ces deux paramètres, masse et vitesse

C'est bien cela! La "vitesse" de circulation deviendra constante et maximale (posons=1), et les prix deviennent, selon la formule quantitative: P=M*V, et avec V=1, les prix sont donc fonction stricte de la quntité émise, l'augmentation excessive causerait immédiatement un inflation, la baisse une déflation.

L'augmentation ne serait pas inflationniste si le volume des biens et services augmente en même temps, et la baisse ne serait pas déflationniste au cas où les biens et services baisseraient en volume.

En clair, la formule quantitave n'est pas applicable à la monnaie actuelle, ou seulement très approximativement, du fait de la vitesse variable, par contre, elle s'appliquerait magistralement à la monnaie fondante!

7) Dans le cas d’une monnaie franche, on peut relier sa vitesse de circulation à son taux de
dépréciation.

Sans doute, mais attention! Il ne convient pas de "jouer" trop avec le taux de dépréciation, car ce taux est en fait une donnée "réelle": En clair, ce taux doit reprendre la "dépréciation" des biens et servives dans l'économie réelle et l'appliquer légitimement à la monnaie (fondante). Les experts pourront peut-être nous aider à le déterminer avec précision?

Silvio Gesell a imaginé 5% annuels environ avec le raisonnement qu'une maison nécessiterait, en coût d'entretien environ 5% de sa valeur annuellement, et un tel bien "durable" serait ainsi amortie en 20 ans.

On pourrait aussi prendre les grains de blé: leur masse diminue de 5% annuel dans les silos en valeur, étant donné que ce stockage est coûteux.

Mais il est possible que ce taux devra être déterminé empiriquement et à l'usage, mais il ne s'agit pas d'en "jouer" arbitrairement.

A supposer que nous aurions, avec la monnaie fondante, une tendance à produire des biens de plus en plus durable - car cela représente une meilleure protection contre l'effet du temps, il se pourrait que la dépréciation monétaire devrait elle-même, au bout de quelque temps, être révisé à la baisse, mais je suis ici dans le domaine des hypothèses où seule la mise en pratique  de la monnaie fondante pourra nous guider valablement.

Il reste que la vitesse de circulation doit varier le moins possible pour stabiliser l'économie.

8) Actuellement, la seule ‘vraie monnaie’ est la monnaie fiduciaire (numéraire)

Au sens légal, oui, elle seule a un povoir libératoire immédiat! Elle règle une transaction entièrement.

Les techniques bancaires (virements, chèques, CB etc.) permettent des paiements, et ces "moyens de paiement" sont évidemment souvent pratiques! Les transactions ne sont réglées que quand les banques auront opéré les écritures nécessaires.

9) C’est le numéraire qui fait les dépots (à vue)

C'est piégeant de le dire ainsi. Je sais bien que les dépôts à vue dépassent de loin, en montant, la quantité de numéraire disponible. A ce moment-là, il est évident que beaucoup de transactions (même la grande majorité en volume) se règlent sans échange de numéraire.

Ceci dit, tous les depôts à vue représentent une promesse de numéraire pour le déposant qui peut retirer à tout moment la totalité du montant en liquide, s'il le souhaite. Il est cependant évident que cela ne serait pas possible pour tous en même temps, car il n'y a pas ces sommes imprimées!

Il faudrait aux banques des délais pour honorer cette promesse, le delai de la fabrication de ces billets.

En théorie, une fois que cette opération serait effectuée, il ne resterait dans les banques plus que les comptes à terme et, en face, les dettes à régler, aussi à terme.

En pratique, cette situation ne devrait pas se réaliser, évidemment, car les détenteurs de comptes à vue ne trouveraient pas cela très pratique d'avoir autant d'argent en poche, et cela représenteerait pour eux des risques sérieux de sécurité notamment.

En toute rigueur, il convient de dire que la "promesse" de numéraire liquide suffit pour "faire" les dépôts à vue.

10) Seuls les dépôts font les crédits

Dépôts et crédits sont des événements simultanés!

Les dépôts peuvent être créés initialement, via la banque centrale notamment ou par le gouvernement, ensuite, la distribution des crédits peut démarrer, dès le lendemain, disons. (En toute rigueur, j'admettrai l'antériorité, ne serait-ce d'une seconde, du dépôt?)

En Allemagne de l'Ouest, ruinée après 1945, les autorités d'occupation (les USA notamment), ont crée le Deutsche Mark en 1948 de la façon suivante:

a)Le 20 juin 1948, chaque citoyen a reçu 40 DM en numéraire.

b)Les banques et entreprises ont reçu les sommes (sur leurs comptes bancaires) nécessaires pour payer fin juin les premiers salaires de juin.

c)L'ancienne monnaie (Le Reichsmark) ne valait plus grand chose et ne pouvait être échangée contre la nouvelle monnaie que très progressivement.

d)les "anciennes" économies étaient largement dévaluées, et certains ont beaucoup perdu. Un paiement (change un pour 10 peut-être ou moins, je ne le sais pas exactement) sous forme d'avoirs bancaire a été progressivement admis, le tout étalé sur quelques années.

Au moment de l'unification allemande, la monnaie Mark Est a été échangé un pour un (en ce qui concerne le liquide); pour les comptes bancaires, les avoirs ont été crédités aussi au bout de quelques délais seulement, afin de ne pas générer une inflation trop forte, du fait de la faible productivité de l'Allemagne de l'Est par rapport à l'Ouest.

11) sur le plan de la création monétaire, les banques et les autres établissements financiers
sont à égalité, aucune de ces institutions financières ne peut créer de monnaie.

C'est ce que j'affirme!

12) Les banques ne jouent aucun rôle dans l’augmentation de la masse monétaire.

Elles jouent ce "rôle" en exerçant le chantage à la faillite comme actuellement, mais l'acte de création proprement dit est central!

Et la banque central doit (c'est sa mission) suivre l'évolution économique et créer de la monnaie dans le but de maintenir les prix le plus stables possibles.

Avant, quant on faisait de la monnaie "couverte" par l'or, c'est le stock d'or qui déterminair l'émission monétaire, mais les prix étaient instables et les crises souvent sévères!

Une question, pour finir, sur le livre ce H. Creutz.

Comment Creutz explique que les dépôts augmentent plus vite que le numéraire,

Puisque c’est le numéraire qui fait les dépôts ?

J'ai, sans doute, en partie répondu à cela, mais, encore une fois, les dépôts à vue ne sont que la promesse de numéraire, et cela suffit en temps normal.

Un billet de 100 euros est encaissé par le commerçant qui le porte à la banque. Un usager le retire (via son compte à vue) et le ramène au commerçant (le même billet).

Répété dix fois dans la journée, cela fait un dépôt pour le commerçant de 1200 euros, grâce à un seul billet de 100 euros!

Pour ceux qui ont retiré chaque fois ce même billet successivement, la banque a pu simplement débiter leurs comptes de 100 euros sans sortir chaque fois un billet nouveau, car c'est toujours le même!

Autrement dit, les dépôts peuvent très rapidement dépasser très largement la masse de numéraire circulant, ici, dans cet exemple: 100 euros!

Mais cela n'a rien de magique, car le commerçant peut bien exiger, le soir, 12 billets de la banque et les obtiendrait aussi, mais puisqu'il ne le fait guère, c'est une donnée d'expérience, ces billets n'ont même pas besoin d'être fabriqués.

Le commerçant aurait, le soir un pouvoir d'achat de 1200 euros qu'il virera peut-être à son fournisseur pour se réapprovisionner, sans circulation monétaire aucune!

En vous remerciant à l’avance de vos réponses et commentaires,

Amicalement, Bruno.

Plus généralement, à mon sens, le numéraire est la clé de voûte du système, son existence matérielle et la promesse de son existence matérielle suffisent pour transférer aux dépôts à vue la possibilité d'effectuer de paiements via les ecritures bancaires.

Mais, pour les écritures, nous avons toujours un compte qui augmente quand un autre diminue. Les 10 clients ont, chacun, 100 euros en moins quand le commerçant a 1200 de plus, et tout cela grâce à un seul billet circulant (100 euros).

Ce sont très largement les habitudes de paiement qui déterminent la quantité de monnaie liquide circulante nécessaire, et plus les habitudes sont scripturales, moins les billets circulent.

Mais ces habitudes ne changent rien à la vitesse de circulation monétaire en terme de demande effective.

L'opération des 10 clients peut aussi se construire sans aucun billet circulant, mais tout cela suppose toujours qu'il n'y ait aucun "incident" de paiement!

Je ne sais pas si j'ai répondu à tout, il me semble, cependant, que si la promesse liquide devait "vaciller", le système s'effondrerait immédiatement

Bien amicalement, jf


 

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From: Bruno Lemaire

To: Johannes FINCKH

Sent: Sunday, March 15, 2009 9:45 PM

Subject: Re: 12 questions sur la monnaie

cher Johannes, merci de vos réponses et prises de position, que je vais "méditer".

Juste un point supplémentaire:

si la banque centrale essaye de maintenir l'augmentation du numéraire en dessous de 2%, comment expliquez vous l'inflation?
augmentation de la vitesse de circulation (mais pourquoi cela se passerait-il)?
dé-thésaurisation (mais pourquoi, là encore)?

En fait, pour moi, même si je peux admettre, provisoirement, que la véritable création monétaire vient de la banque centrale (de toute façon, chez vous comme chez H. Creutz., c'est presque une tautologie, puisque la seule monnaie est le numéraire, il ne peut y avoir de création de monnaie autrement, et la variation des dépots et donc de M1 est sans importance) j'ai un autre point de vue sur le rôle des banques.

POur moi, les banques peuvent influencer, par leur politique plus ou moins laxiste de crédits, la vitesse de circulation du numéraire.

En fait, au lieu de s'intéresser aux variations du stock de monnaie (bancaire, si vous voulez cette précision), on ferait mieux de s'intéresser aux flux monétaires, et donc à la vitesse de circulation à la fois du numéraire et de la monnaie bancaire.

En fait, mon hypothèse serait que les banques privées ont une influence - sans jeu de mots - sur le débit des flux monétaires (numéraire et monnaie bancaire).

Qu'en pensez vous?

Merci encore de vos réponses , amicalement, bruno

Le 15 mars 2009 19:51, Johannes FINCKH <johannes.finckh@wanadoo.fr> a écrit :

Non, la banque centrale se fixe un "objectif d'inflation ou de "hausse de prix" et adapte le Refi vers la hausse ou la baisse pour faciliter ou rendre plus difficile l'émission de monnaie centrale via les banques. M1 peut augmenter (ou diminuer) davantage en fonction du comportement de l'économie vis-à-vis de la monnaie, l'objectif est plus l'inflation (faible) que le volume de M1.

C'est vrai aussi que les crédit plus faciles et plus rapides stimulent l'économie, et ceux-ci sont censés être "facilité par la baisse du Refi, mais ceci est sûrement de moins en moins vrai, car la crise de confiance est passée par là, et les investisseurs fortunés n'ont plus faim de rendement, le meilleur "rendement" devenant pour eux la spéculation à la baisse des valeurs boursières, immobilières et de matières premières...

Et les banques ne sont que les exécutants des déposants, au sens où les déposants font de plus en plus le choix du liquide, les banques ne peuvent plus faire des placements risqués (ou moins), et le circuit des crédits s'assèche: si je ne veux plus acheter des produits financiers spéculatifs et risqués mais garde mon argent (faibelement rémunéré) sur un livret, la banque ne peut le faire, en principe, à ma place et sans mon consentement sans prendre des risques insensés, et elle est échudée aussi.

En clair l'argent a bien tendance à rester inactif ou à retourner même à la banque centrale, même si les banques voulaient se montrer plus désireuses d'accorder des crédits...

Mais, sur le fond, je pense aussi que le crédit plus rapide améliorerait la conjoncture, mais le risque de défaut des débiteurs est ce qu'il est actuellement!

les banques subissent les conséquences du "trou noir" et de la trappe aux liquidités comme tout le monde, et la sortie est: la monnaie fondante ou rien du tout!

à+, jf



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B.