Texte de Bruno Lemaire /commentaires de jf

Création monétaire et subprime.Le client C veut acheter auprès de l’entrepreneur E une maison de 100 000 dollars.

La banque B lui prête ces 100 000 dollars – à un taux de 5%. – et en se ‘garantissant’ (sur une monnaie créée de toute pièces) par une hypothèque sur la maison.

Ce serait un abus de langage que de dire que c’est une création ‘ex nihilo’

Si on voulait faire le bilan différentiel de la banque, avant le prêt hypothécaire, actif et passif de la banque seraient tous deux à zéro, après l’accord, actif et passif sont tous deux à 100000.

Cela sonne bien, mais, à mon avis, cela ne se passe absolument pas ainsi! Car la banque prend effectivement cette garantie hypothécaire quin'est en rien monétaire mais évaluée à valoir tant. En cas de défaillance du débiteur, la banque se refait comme elle peut!

Par contre, les 100 000 proviennent des dépots épargnés par d'autres, soit de la même banque, soit d'autres banques, soit de la banque centrale! La banque doit de son coté à d'autres autant qu'elle prète. Cela se vérifie en pratique, car il arrive que la banque ne prète pas parce que le risque lui parait trop élevé ou parce qu'elle ne trouve pas les refinancements. Donc aucune création monétaire qui durerait le temps du crédit.

Evidemment, en période de forte croissance optimiste, la banque trouve facilement le refinancement, au besoin par une politique monétaire accomodante de la banque centrale!

L’actif, c’est l’hypothèque, le passif, c’est le crédit accordé.

Deux scénarios possibles dans notre cadre immobilier..

Le client C réussit à rembourser les 100 000 dollars (éventuellement parce qu’il travaille chez l’entrepreneur E et que c’est le salaire que lui verse E) plus les 5000 dollars (par an, jusqu’à ce qu’il ait remboursé le principal). Pour simplifier on va supposer qu’il a pris un prêt sur 1 an, sur 20, cela n’apporterait rien de plus, sinon des complications dans les calculs.
La banque B, qui détruit gentiment les 100 000 dollars qu’elle avait prêté, a gagné 5000, le PIB, incarné dans la maison, est resté stable en valeur réelle (toujours 100 000), en valeur monétaire, si rien d’autre ne bouge, a augmenté de 5%. Cette inflation est uniquement causé par l’intérêt pris par la banque. La sphère monétaire s’est enrichi de 5000 dollars (un peu moins en dollars ‘constants’) aux dépens de la sphère réelle (incarné ici par notre client C).
Au passif de la banque, les 100 000 ont disparus, de même que l’hypothèque correspondante. Dans les manuels d’économie, on se garde bien, habituellement, de parler des 5000 dollars qu’elle a touchés en intérêt. Ces 5000 dollars correspondent pourtant bien à la véritable création monétaire. Le PIB ‘réel’ n’a pas changé
C’est le scénario ‘optimiste’.

OK, mais les 5000 d'intérêts ne sont pas, non plus, une création monétaire, en aucune façon! Car ce que le débiteur paye en plus à la banque, il le dépense moins pour acheter autre chose, et la banque fait le contraire, ou, mieux dit, le "préteur" de la banque encaisse l'intérêt et son pouvoir d'achat s'accroit d'autant. Il s'agit donc d'un transfert de pouvoir d'achat, mais ce qui sera acheté en biens et services dans le pays n'aura pas varié de ce simple fait. L'argent ne fait pas de petits-vous le constaterez en le gardant dans votre poche! Il faut toujours garder les raisonnement simples et factuels!

La dette s'éteint avec le remboursement, c'est évident, mais l'argent en circulation, un mouvement circulaire, n'aura pas varié avec cela, car la maison est un bien bien solide (de préférence!), et elle ne circule pas: elle est sur le marché pour la transaction ou la construction, mais elle disparaît du marché dès qu'une famille l'habite qui veut y dormir c'est tout. L'argent, qui, par tranches (ou d'un coup en gagnant au loto) rembourse le crédit sera aussitôt remis en circulation pour opérer d'autres transactions. Il n'est pas "éteint", lui! Justement!

Le client C ne réussit pas à rembourser les 100 000 dollars plus les intérêts de 5000 dollars. La banque saisit la maison, se retrouve avec une maison en guise d’actif.
De deux choses l’une.
Ou c’est un cas particulier, le marché immobilier est porteur, et la maison vaut toujours 100 000 dollars, sinon plus. La banque – aux USA en particulier – peut garder pour elle l’ensemble du montant de la vente, elle aura donc gagné, en plus de ce que le client C a payé, le bénéfice de la vente, entre le prix de vente, disons 102 000 et les 100 000 initiaux.
Ou la crise immobilière commence à s’installer. La banque va essayer de la vendre au moins à 95000 dollars. Le cercle infernal est lancé. La banque peut n’avoir rien perdu (si on considère qu’elle a pu au moins récupérer les 5000 d’intérêt), mais la maison, éventuellement habitée par des squatters, a peut être déjà perdu un peu de sa valeur réelle. On peut considérer que le PIB réel a diminué, si la maison reste vide, ou qu’il est resté stable, si on reloge quelqu’un avant qu’il y ait eu des dégâts.
Le risque de la banque est donc là. Si l’hypothèque n’est pas remboursée, et si le marché immobilier s’effondre, au lieu de gagner 5000 dollars, la banque peut perdre de l’argent.

Les risque de pouvoir perdre l'argent prêté ne supprime pas le fait que la banque devra, en cas de défaillance de son débiteur, toujours rembourser ses créanciers à elle, moyennant quoi il est prouvé qu'elle n'a pas créé de la monnaie mais qu'elle a fait une mauvaise affaire!

Heureusement que l’Etat va venir au secours … des banques

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. C’est vrai en ce sens qu’il n’y a pas de véritable ‘dépôt’, mais il y a, ‘en dépôt’, l’hypothèque sur la maison, une maison ‘réelle’. Lorsqu’il n’y a pas de maison déjà construite, mais une anticipation de maison, cela se complique un peu, même chose lorsque les anticipations portent sur la croissance future d’une production marchande, par exemple pour financer des besoins en fonds de roulement.