----- Original Message -----

From: Bruno Lemaire

To: Johannes FINCKH

Cc: Bruno Lemaire

Sent: Saturday, March 07, 2009 3:24 PM

Subject: Re: Creation monétaire, creances, depots, prets

Le point fondamental est évidemment le point suivant (du pur Gesell, of course ;-) ):

la monnaie (actuelle) est moyen d'échange et réserve de valeur.

D'où l'importance d'une monnaie fondante, pour distinguer les deux 'rôles' de base de la 'money'.

Quand à votre argument:

"

Plus encore, il n'y aurait pas de crises systémiques tout simplement si la "création monétaire" par les banques était possible.

Il faut l'affirmer, tout cela n'a aucun sens!"

m^me s'il a un certain poids, il est, si vous le permettez cher ami, partiellement discutable, pour deux ou trois raisons:

a) Les règles prudentielles, plus ou moins respectées, mintiennent une certaine limite dans le pouvoir de création (ex nihilo ou pas, ce n'est pas mon point pour le moment) des banques. Si les banques ont un dépôt de 100 , elles ne peuvent créer à volonté 100 de plus, mais peut être simplment 10. Peu importe le véritable chiffre.

Les banques ne sont donc peut être pas toutes puissantes, mais, dans certaines limites, ce peut très bien être elles qui créent réellement de la monnaie

b) on ne peut pas faire boire un ane qui n'a pas soif. Les détenteurs d'argent, quelle que soit leur provenance, ont plus de poids, hélas, que les détenteurs de marchandises. Silvio Gesell le dit fort bien dans la partie 3 de son livre. Les entrepreneurs et les marchands ont un besoin fondamental d'offrir leurs marchandises, donc de demander de l'argent. Ce besoin n'est pas symétrique, ceux qui ont de l'argent peuvent attendre. D'où, encore une fois, l'intérêt des monnaies fondantes.

c) S. Gesell dit fort bien, toujours dans la partie 3, que en cas d'inflation et croissance de la production, on gave les riches,(ou les  riches se gavent), et en cas de déflation, ce sont les pauvres et les entreprises que l'on ponctionne. Si la création monétaire allait de pair avec les modifications de la production de richesses, il n'y aurait pas de crise systémique (en supposant bien sûr, que la vitesse de circulation soit stable, ce qui n'est jamais le cas dans un contexte de crise, là encore Silvio Gesell l'a dit dans sa partie 4, en critiquant l'utopie de la théorie quantitative de la monnaie).

Je ne crois donc pas, même si c'est important, que ce soit uniquement le problème des taux d'intérêt qui conduit nécessairement à une économie d'endettement, où la sphère monétaire s'enrichit aux dépens de la sphère 'réelle', même si cet effet est très important (mais je n'ai pas encore lu la partie 5 du bouquin, que vous m'annoncez passionnante).

La crise systémique n'est certes pas liée uniquement à la création monétaire, mais ...

Je suppose que nous en reparlerons.

Bien à vous, très cordialement, Bruno L.

PS. CE n'est effectivement pas parce que les économistes déclarent, dans leur grande majorité, que quelque chose est vraie que c'est juste, vous avez tout à fait raison sur ce point.

Quand il y a divergence d'opinion entre un praticien et un théoricien, entre les faits et la théorie, j'ai tendance à croire plutôt le praticien.

Silvio Gesell était un praticien, avant d'être un théoricien. C'est sans doute pour cela qu'il a écrit des choses fondamentales.

Quand les banquiers de la banque de France parlent de leur métier, j'ai tendance à les prendre plus pour des praticiens que poour des théoriciens. Là encore, on en reparlera sans doute.

Réponse jf:

Je comprends en partie, parce que, au fond, les grands réseaux bancaires imposent la volonté de croissance, et la banque centrale doit accompagner cette croissance, moyennant quoi, en pratique, cela revient à "créer" de la monnaie supplémentaire, impulsée par les banques, je prends acte...

Mais quand même, et si vous avec l'occasion, achetez le livre de Helmut Creutz, paru en traduction française aux éditions "économica", "Le syndrome de la monnaie";

Helmut Creutz est sans doute le gesellien contemporain (il a 85 ans, en pleine forme!) le plus en pointe sur les questions de la création monétaire!

Helmut Creutz expose,entre autres (c'est sur mon blog) dans un article récent pourquoi les banques, depuis les dérégulations échevelées depuis plus de vingt ans ont pris des risques aussi énormes avec l'argent qu'elles géraient.

Risques qui ont fini par se réaliser, après avoir produit des rendements plus ou moins sensationnels pendant toutes ces années!

Il expose notamment que les fortune monétaires (conséquence des intérêts et des intérêts composées) sont devenues à ce point kolossales que les banques étaient tout à fait contraintes de pousser les placements jusqu'au taquet.

S'il n'y avait pas eu ses concentrations de richesses, il n'y aurait pas besoin de placements à ce point risqués et qui ont conduit au désastre actuel.

En effet, si la croissance du Pib était peut-être de l'ordre de de 10 fois le Pib de 1950, les fortunes monétaires ont gonflé d'au moins par le facteur trent ou quarante! Et ces avoirs monétaires doivent se placer et générer des dettes pour un montant strictement identique!

La somme de toutes les dettes=la somme de toutes les créances, fatalement!

Ainsi, le déséquilibre du système est logiquement atteint quand le travail des débiteurs ne suffit plus pour payer le service de la dette.

C'était flagrant depuis longtemps pour le tiers-monde, mais ceci se vérifie sous nos yeux ici même!

Le service de la dette deviendra le premier poste budgétaire, s'il ne l'est déjà, et, à ce moment-là, la confiance des épargnants dans la capacité de débiteurs de les servir comme prévu avec les intérêts (la rente du capital!) sera sérieusement mise à mal, et que reste-t-il?

Le retrait de l'argent du système, ce qui provoque une déflation, des bourses et de l'immobilier d'abord, des biens et services ensuite avec chômage, crises sociales etc.

Résultat: la monnaie s'apprécie, et des industries entières pourront être rachetée par les milliardaires pour prèsque rien!

A l'arrivéé, la crise déflationniste enrichit encore plus massivement les riches que le régime d'inflation modérée (qui a tendance à alléger le fardeau des endettés et de mettre la pression sur les ca^pitalistes...à plus, jf