----- Original Message -----

From: Bruno Lemaire

To: Johannes FINCKH

Sent: Saturday, March 07, 2009 12:58 PM

Subject: Creation monétaire, creances, depots, prets

Cher Johannes,

que pensez vous de la position suivante de la Banque de France, qui écrivait, dans un opuscule de 1971 (avant donc la réforme de 1973), intitulé:
"La Monnaie et la politique monétaire":

Les particuliers - même paraît-il certains banquiers - ont du mal à comprendre que les banques
aient le pouvoir de créer de la monnaie ! Pour eux, une banque est un endroit où ils déposent de l'argent en
compte et c'est ce dépôt qui permettrait à la banque de consentir un crédit à un
autre client. Les dépôts permettraient les crédits. Or, cette vue n'est pas conforme à la réalité, car ce sont les
crédits qui font les dépôts.
"

Poiur les caisses d'épargne avant 1999, il était vrai que seuls les dépôts faisaient les prêts en transitant d'ailleurs souvent
par la Caisse des dépôts et consignations. Pour les banques, pensez vous que la Banque de FRance ait eu tort dans ce jugement:
"Les crédits font les dépôts", et que c'est encore plus vrai depuis 1973.

Il ne s'agit pas de dire que les banques peuvent faire n'importe quoi, il y a évidemment quelques règles 'prudentielles',
plus ou moins efficaces. MAIS...

Merci à l'avance pour votre réponse,

cordialement,

Bruno L.

P.S.1 j'attends avec impatience et gourmandise de recevoir le livre de Silvio Gesell.
Merci encore pour ce cadeau 'royal', je pèse mes mots.
P.S.2 En attendant, je vais travailler sur le problème des taux d'intérêt.

Réponse de J.Finckh

Cher Bruno,

J'ai répondu à Monsieur Derudder sur ce point, mais il ne me croit pas, car le délire dominant maintient que les banques auraient un "pouvoir de création monétaire", et sur ce point, Monsieur Derudder ne veut pas comprendre, comme la plupart!

Ce fantasme est à ce point dominant en sciences économiques que certains économistes, y compris dans les banques centrales, y croient, tant que les faits ne les rappellent pas à la raison, et même cela le maintient aveugles!

Pourquoi les banques centrales auraient-elles à intervenir massivement en cas de crise systémique?

Plus encore, il n'yaurait pas de crise systémiques tout simplement si la "création monétaire" par les banques était possible.

Il faut l'affirmer, tout cela n'a aucun sens!

Aucun fait de l'économie réelle ne le prouve! Une chose à ce point répétée ne devient pas plus vraie que 2+2=5!

La confusion vient du fait que les banques gèrent les crédit et qu'elles ouvrent des lignes de crédit!

Mais ceux-ci sont nécessairement,et à tout moment, refinancés!

C'est même vrai dans le cas de Madoff, car ceux qui ont "financé" cela, involontairement, ont beaucoup perdu, même chose pour les subprimes, le crédit lyonnais, etc.

On peut dire que les risques pris par les banques pour le compte des investisseures plus ou moins (in)fortunés ont nécessité la création monétaire massive par les banques centrales, mais il s'agit d'une contrainte exercée sur celles-ci pour éviter (pour l'instant) que la crise systémique emporte tout sur son passage!

Ceci est éminemment instable, et il reste que l'émission de monnaie centrale nouvelle est toujours un acte des banques d'émission! Sous forme de crédit de monnaie auprès de la banque centrale (la monnaie girale centrale réservée aux banques ou des billets via la planche à billets et remis à ces mêmes banques). Les banques centrales ont ce pouvoir indiscutablement, mais elles sont impuissantes face à une circulation monétaire qui fait de plus en plus défaut!

Il s'agit d'une question méthodologique fondamentale, la monnaie est une chose, et le crédit est autre chose!

La monnaie éteint seule une dette, le crédit la laisse subsister jusqu'au versement de l'échéance! La monnaie liquide une transaction sans reste, pas le crédit!

Evidemment, les banques doivent recycler les dépôts via le crédit bancaire, car cela leur coûte trop cher autrement, et si la demande de crédit des entreprises et des ménages fait défaut, l'état doit s'y substituter, et il le fait, car la contration économiques serait, autrement, très violente!

J'accepte donc que l'évolution des crédits et des dépôts sont strictement paralleles, tendance croissante en général, mais c'est la poule et l'oeuf, qui est premier?

Tout ceci devient plus clair quand on regarde la monnaie de plus près.

En effet, comme vous le savez, évidemment ,la monnaie (actuelle) est moyen d'échange et réserve de valeur.

Ce sont deux tâches qui se révèlent totalement incompatibles à l'usage. La monnaie peut servir de valeur réfuge et ainsi se retirer du circuit. Ceci est largement le cas déjà, car il faut qu'on me dise à quoi servent les grosses coupures (200 et 500 euros) dûment émises par la BCE (pour des valeurs dépassant les 100 milliards d'euros) et qui ne circulent pas! Les phénomène est probablement même plus large. Cela n'a cependant pas un gros impact, car la BCE a le pouvoir d'émettre de la monnaie supplémentaire, et un partie de la monnaie liquide ne circule tout simplement pas.

Mais ce qui a néanmoins un impact, plus que la thésaurisation déjà faite, c'est la possibilité qu'offre la monnaie de circuler plus ou moins vite, et les banques doivent offrir un intérêt aux épargnants, sans quoi la "trappe aux liquidités" serait grande ouverte... Un ralentissement important de la circulation équivaut, dans ses effets, à une thésaurisation et à une déflation!

Cette exigence d'intérêts doit être répercutée sur tous les crédits consentis aux ménages, aux entreprises et aux pouvoirs publics.

Les Banques centrales publient tous les ans les chiffres des versement d'intérêts par les banques aux épargnants et les intérêts dûment payés par les débiteurs.

Les transferts des banques vers les épargnants est d'au moins 600 milliards d'euros annuels, et elles perçoivent des débiteurs un peu plus pour assurer leur profit et leur fonctionnement, nécessairement.

  • Ces montants croissent annuellement sur un mode exponentiel, le capital étant augmenté de l'intérêt tous les ans: Kn=K(1+p) puissance n
  • où K = le capital, p= le taux d'intérêt et n= les années!
  • Je ne connais pas par coeur les chiffres pour 2008, mais ils sont certainement au-dessus de ce que j'avance, car ceux-ci valaient pour l'Allemagne il y a quelque années déjà!
  • Autrement dit, le capitalisme monétaire, généré par la seule monnaie actuelle, opère tranquillement un transfert de richesses des plus pauvres (les débiteurs) vers les plus riches (les créanciers), et ce continuellement, crise ou pas crise!

    Avec de telles sommes, il serait facile de financer un "revenu de dignité" comme vous le proposez, et il serait alors réellement financé par les plus riches, comme cela devrait être!

    Mais avec la monnaie telle qu'elle est l'intérêt est indispensable, sinon, l'économie s'arrête tout bonnement, faute de monnaie circulante.

    Un interdit de l'intérêt, avec la monnaie actuelle, est impensable!

    La monnaie anticrise (fondante) selon l'idée de Silvio Gesell ne résoudrait pas seulement la crise de refinancement et sauverait l'économie, mais elle réaliserait en même temps un assainissement des finances et organiserait une redistribution autrement plus convenable entre revenus du travail (tendance à l'aygmentation) et revenu du capital tendance vers zéro progressivement.

    La baisse des taux (qui tourneraient autour de zéro en quelques mois) n'auraient l'effet trappe aux liquidités du fait de la "fonte", et l'économie tournerait toujours efficacement!

    Et vou voyez, pas besoin d'interdire l'interêt, il s'éliminerait largement tout seul!

    Sur le plan économique et moral, l'intérêt reste du racket!

    Toute contrainte à la croissance économique aurait disparu, car cette contrainte (et elle fait défaut qaund même!) est le seul moyen de maintenir la paix sociale actuellement.

    Même en régime de "décroissance", nous aurions le plein emploi avec la réforme gesellienne!

    La réduction du temps de travail, les virages écologiques ne deviennent possibles qu'avec Gesell!