Cher Monsieur Derudder (et autres lecteurs de ce courrier ouvert),

Je vous remercie de votre prise de position plutôt lucide sur les relations humaines et sur la capacité des uns et des autres de prendre en compte le point de vue d'autrui, la passion d'ignorance (je m'inclus dedans) est sans doute le corollaire du désir de savoir de nous tous.

Ceci dit, j'ai pris connaissance de vos deux articles "vers une monnaie mondiale" et "propositions de réforme du système monétaire" que l'on peut consulter sur votre site http://www.aises-fr.org/citoyen.html .

Je suis quand même resté sur ma faim, car vous semblez méconnaître des points précis quant à la monnaie! Et ce malgré votre lecture de Gesell.

En premier lieu, il n'y a jamais de création monétaire privé, il faut que ce soit clair!

Quand bien même ce serait une institution comme la FED issue de banques privées ou la BCE supraétatique, la monnaie émise, quelle qu'elle soit, a immédiatement une fonction publique et sociale! Aussitôt émise, elle est aussitôt publique!

Cela est même vrai si on acceptait les billets de banque privée dès que la banque en question aurait un crédit suffisant, comme c'était le cas des banques lombardes auprès des souverains d'Europe au moyen âge!

Autrement dit, le problème de l'émission monétaire ne nécessite que le fait qu'elle est admise par le plus grand nombre. La stabilité de ces monnaies vient de la seule confiance que le public a. A contrario, un état en faillite se caractérise par le fait que sa monnaie ne vaut plus (cf le Zimbabwe par exemple, mais il y a eu des exemples sur tous les continents).

C'est dans ce contexte qu'il convient de considérer une réforme monétaire possible, comme Silvio Gesell la propose.

Car, en fait, le problème vient du seul fait que la monnaie traditionnelle devrait concilier deux points inconciliables et qui la rendent nécessairement inopérante un moment donné.

En effet, si la monnaie a pour fonction d'organiser les transactions, les échanges et l'acheminement des biens et services ainsi que (via le crédit) la création de capital productif, elle peut faire ceci par le fait qu'lle représente un terme d'échange accepté par tous.

Mais si cette monnaie incarne en même temps (comme c'est le cas) une valeur refuge, cela revient à dire que la monnaie, toujours publique au moment de son émission, fait l'objet d'une rétention et d'une appropriation privée pour elle-même!

Et ces deux choses sont définitivement inconciliables!

C'est pourquoi Silvio Gesell a proposé sa monnaie fondante, car celle-ci ne saurait^faire l'objet d'un appropriation privée, sauf à causer un grand risque à celui qui s'y risque. Ma proposition de la monnaie anticrise reprend cela, vous pourrez la consulter sur mon blog http://monnaiefondante.canalblog.com/ .

Je ne vois vraiment pas comment, avec de bon sentiments et avec des règelementations qui ignore ce point, on peut avancer.

Mon ami Patrick Zilberbusz, psychanalyste, m'a questionné comment une simple mesure technique de type monnaie fondante pourrait venir à bout des dysfonctionnements du capitalisme. Car, dit-il, il y aura toujours de petits malins qui vont escroquer les autres, des gens plus avisés qui réussiraient des coups spéculatifs (comme dit mon ami Hubert Nadin).

On peut répondre à cela, que, justement, en tant qu'institution nécessairement publique, la monnaie ne doit pas conférer un avantage décisif aux profiteurs.

On n'empêchera pas la mauvaiseté de l'homme, sa créativité est aussi de ce côté parfois, tout le monde cherche son avantage, et c'est heureux et la condition même du sujet et de son intimité, mais il y a moyen de s'attaquer à l'élément temps, comme me l'a fait remarquer mon amie Anne-Marie Beauvais!

En effet, la monnaie - réserve de valeur est l'héritage de lamonnaie-or, élément inaltérable et éternel s'il en est!

Au moment où l'échange se fait entre un objet posé comme "éternel" (la monnaie) et les biens et services éminemment soumis à l'usure du temps, cela aboutira aux blocoages comme nous les voyons actuellement.

La monnaie fondante (comme la monnaie anticrise) ne fera qu'une seule chose: circuler en toute circonstance dans une ambiance de prix moyens rigoureusement stables, sans plus ni moins. Aucune contrainte de croissance ne s'exercera plus sue le système, mais nous aurons toujours un plein-emploi, comme je le démontrerai dès que j'aurai reçu quelque réponses!

Alors, le G20, s'il ne s'attaque pas à la réforme monétaire dans le sens préconisé ici par la monnaie anticrise qui retranche de la monnaie sa fiction éternelle, il n'y aura aucun espoir de sortie de la crise de 20 ans (ou plus) qui s'annonce!