Le 9 février 2009

Réflexions sur la spéculation

La monnaie anticrise règle-t-elle les problèmes posés par la spéculation ?

La réponse ne m’est pas venue tout de suite, et ce n’est pas simple. L’effet est plutôt indirect comme nous allons voir.

Fondamentalement, spéculer c’est, comme le mot l’indique, attendre et regarder ce qui se passe (speculare=regarder, ou aspettare=attendre).

Ce qui  nous « choque », me semble-t-il, nous, simple citoyen lambda, ce que nous semble obscène, c’est le côté voyeur du spéculateur. Le spéculateur fait un usage joueur de son argent, il attend et jouit, retire sans doute une jouissance du gain (ou de la perte ?) spéculatif.

Ceci semble prouver qu’il a, au départ « trop » d’argent, tellement d’argent qu’il peut en user et abuser à sa guise.

La question de l’effet de la monnaie anticrise (la monnaie fondante) sur la spéculation subsiste, mais on peut rattacher la réponse plus fondamentalement au risque du temps qui passe.

La monnaie anticrise redistribue le risque autrement.

En effet, la monnaie traditionnelle tire un avantage du fait d’être, en dehors de sa fonction d’échangeant comme la monnaie anticrise, aussi réserve de valeur au sens où son détenteur peut tirer avantage du fait d’attendre, d’hésiter et de différer sa décision d’achat. Le fait d’attendre n’est certes pas condamnable en soi, car il faut bien réfléchir et comparer, ce qui demande du temps.

Ce qui pose, à mon sens, problème, c’est que le risque du temps qui passe est actuellement imputé au seul offreur de biens et services, pas à celui qui diffère sa décision d’achat dans un but d’en tirer avantage.

Il doit être possible de se donner du temps, et cela l’est bien entendu aussi avec la monnaie anticrise. C’est là qu’il convient de noter la subtilité de la réforme proposée !

Il ne s’agit en aucune façon d’une dévalorisation « violente » de l’avoir monétaire qu’a le détenteur, mais d’une petite perte régulière, fonction stricte du temps qui passe (par exemple 5,2% annuels ou 0,1% par semaine, le taux pourrait même, à terme être moindre dès lors que les biens et services produits s’inscriront dans une « durabilité écologique plus importante » – un des effets obtenus à terme par la monnaie anticrise).

A ce moment-là, le spéculateur doit, comme tout un chacun, assumer sa part de risque. Et ce risque revient sous forme de gain à la collectivité avec la monnaie anticrise (ce qui n’est pas le cas avec la monnaie traditionnelle), car n’oublions pas que la BCE a pour mission, autant que possible, de maintenir l’indice des prix stables, en re-émettant autant de monnaie nouvelle que nécessaire.

A supposer une spéculation massive sur de tel ou tel produit, par exemple la récolte du blé au marché de Chicago, cela renchérira nécessairement tout ce qui dérive du blé dans la vie, car le temps de la soustraction du blé (quelques mois dans les silos) et de la raréfaction qui en résulte modifie les rapports de tous les prix.

En même temps, ce produit agricole sera, devant la perspective de hausse ainsi attendue, sans doute davantage semé, et les récoltes suivantes opéreront un retour à la normale, moyennant quoi les spéculateurs, qui savent cela aussi, se trouvent confrontés à des limites, disons naturelles, pour leurs appétits. Ce raisonnement s’applique à tous les biens et services reproductibles aisément.

Il en va un peu autrement pour les ressources limitées, car on ne peut pas toujours produire autant qu’on veut, par exemple le pétrole, l’or et autres ressources minières rares. Ces objets trouvent une limite dans le fait que d’autres produits (l’énergie renouvelable par exemple, des alliages pour remplacer le platine dans certaines applications techniques, etc.) peuvent représenter une concurrence d’arbitrage des marchés.

La spéculation foncière bâtie et agricole représente un autre problème délicat, car la raréfaction du sol du fait des abus spéculatifs qui peuvent très rapidement exercer un chantage comparable à celui de la rétention d’argent traditionnel. Là réponse est, là, à mon avis, une taxation suffisante et adaptée du foncier, ce qui oblige les détenteurs (inscrits au cadastre nécessairement !) à produire cette taxe ou à remettre en vente une partie de leurs acquisitions, et ceci permettra de contribuer à réguler le marché foncier. On pourra aussi imaginer des limitations de surfaces qu’un individu serait autorisé à détenir ou une appropriation collective des terrains par les municipalités par exemple et qui définit (comme c’est déjà le cas) l’usage qui doit être fait des terrains.

Pour revenir à la spéculation plus purement financière, nous voyons donc que le problème posé est le fait que l’attente et la décision d’achat différé en soustrayant au marché des sommes liquides importantes pose le problème principal. Et justement, il me semble que la monnaie anticrise s’attaque au cœur de ce problème en imputant le risque du temps qui passe à ceux qui voudraient se mettre à profit ce temps-là dans le chantage capitaliste fondamental qu’est l’obtention d’un intérêt (fonction stricte du temps) pour le non-usage (l’abus, la mise en friche !) de leur pouvoir d’achat.

Il convient cependant d’être modeste et prudent, car je ne pense pas que cela empêche dans le détail et au cas par cas des gains boursiers réalisés par des investisseurs « avisés » qui achètent et vendent avec chance et opportunisme aux bons moments. Mais aussi, cette façon de procéder est économiquement neutre, car l’acheteur transmet par son achat son pouvoir d’achat au vendeur qui doit à son tour le transmettre, toujours dans le but de ne pas perdre  ou de perdre le moins possible lié au fait que le temps passe.

Car, au fond, comme la mort, nul n’échappe au fait que le temps passe et que la monnaie anticrise exerce (dès son introduction) sur son détenteur (banque et particuliers) le doux et ferme rappel (une main de fer dans un gant de velours !) que le pouvoir d’achat lui appartient, certes, mais que l’instrument qui le véhicule (la monnaie) est une institution collective, publique et implique une responsabilité collective et sociale que la BCE est chargée de rendre efficace grâce à la taxe anticrise appliquée à la détention liquide, sans quoi, il lui est impossible de savoir ce qu’il en est de l’usage, de l’abus et de l’usure pratiqués par un petit nombre de capitalistes au détriment de l’immense majorité.

En n’appliquant pas cette mesure anticrise, la BCE permet tous les excès les plus obscènes de la spéculation actuelle, et la principale « spéculation » consiste dans le fait de fait chanter le vendeur de biens et services en lui imputant la contrainte du temps qui passe tout en étant à l’abri de cela. Le « time is money » révèle que le capitaliste est, en fait, le rentier du temps (des autres !).