Le 6 février 2009

Réflexions sur la circulation de la monnaie ou l’impossible relance avec la monnaie actuelle

Je souhaite attirer l’attention sur ce point.

La monnaie sous toutes ses formes, principalement les pièces et billets, mais aussi la monnaie enregistrée sur les comptes courants pour effectuer les paiements courants, est destinée à faciliter toutes les transactions courantes et vise donc à acheminer les biens et services du lieu de la production vers la consommation et la destruction. Comme je l’ai dit ailleurs, il s’agit d’un mouvement que l’on peut qualifier de circulaire, et on parle à juste titre de la circulation monétaire.

Or, ce qui cause principalement les phénomènes de crise, c’est le fait que la monnaie peut ralentir sa course et parfois (inflation et surchauffe conjoncturelles) accélérer.

Le but de la monnaie anticrise est d’agir sur le mouvement de la monnaie, afin d’obtenir une stabilisation de ce mouvement dans un contexte de prix également stables.

La monnaie anti-crise est ainsi conçue qu’elle circule en toute circonstance et qu’elle ne saurait ni ralentir ni accélérer.

C’est bien pourquoi son adoption constitue, en toute simplicité, la fin de tout désordre lié au comportement si instable de la monnaie traditionnelle.

Je rappelle : cela fonctionne du fait que la tentation de rétention de la monnaie anticrise ne confère plus aucun avantage décisif à celui qui serait tenté de le faire.

Cela incite le détenteur de la monnaie (le citoyen et notamment le citoyen fortuné), à se défaire autant que possible de ses stocks liquides, car, comme il est facile à constater, cette rétention a pour effet de produire de fortes variations de la masse monétaire effectivement circulante. La disparition actuelle de la circulation des grands billets est le phénomène le plus visible dans ce contexte, mais la tentation de retenir existe pour toute la monnaie liquide, y compris les comptes courants.

Pour ramener la monnaie à la banque et pour pouvoir la remettre ainsi en circulation, la banque doit proposer un intérêt.

Si elle ne le faisait pas (par exemple si c’était interdit…) avec la monnaie traditionnelle, il est sensible que les détentions liquides prendraient des proportions très importantes, les économistes parlent alors de la « trappe aux liquidités »  (Keynes), et la crise s’aggraverait.

Nous pouvons observer ces phénomènes au Japon où les émissions de monnaie sont très élevées depuis bientôt 20 ans parce que la Banque centrale de Japon a dû mettre le taux de refinancement à zéro, car les banques et les grandes entreprises ne trouveraient pas de financements dont elles ont besoin autrement. Et nous observons que ces masses énormes ne circulent guère et sont thésaurisées.

Le même phénomène a commencé aux Etats-Unis, et l’Euroland suivra dès que les taux auront atteint le voisinage de zéro, ce à quoi la BCE essaye de résister encore, mais sera contrainte d’y venir, car la crise de confiance reste très massive.

Quand nous en serons arrivés à ce point, seules des mesures techniques comme l’introduction d’une monnaie anticrise soumise à la pression du temps qui s’écoule pourra constituer un remède efficace pour relancer la conjoncture.

Si nous ne le faisons pas, les refinancements publics atteindront de tels sommets que la confiance dans la monnaie ne résistera pas longtemps, ou, comme le disait Sarkozy hier soir, la signature des Etats se dégradera rapidement.

La conséquence peut être double : soit l’hyperinflation en cas d’effondrement de la confiance, soit l’excès de confiance dans la détention liquide, et la thésaurisation maintiendra, malgré les sommes énormes émises, un climat de déflation et de récession qui pourrait durer très longtemps, sans doute plutôt vingt ans que deux ans.