1er février 2009

Réflexions sur la plus-value

La plus-value est, selon Marx, engendrée dans le processus de production. Il s’agit, selon lui, d’une part du travail ouvrier non payée et donc empochée par les capitalistes, propriétaires des moyens de production.

Cette puissante thèse reste sans doute la pierre angulaire de l’analyse marxiste du capitalisme. En conséquence, l’appropriation collective des moyens de production serait le moyen de collectiviser du même coup la dite plus-value. Simple, « évident » !

Sauf que cela ne marche pas, comme nous le savons, car cela suppose qu’un moyen de production est un moyen de production en toute circonstance. Ce qui n’est pas toujours le cas comme nous nous en apercevons aisément.

La production marchande est en perpétuel mouvement et soumis à d’autres lois marchandes que le  fait d’installer un équipement industriel. Encore faut-il vendre !

Et toute la faiblesse du présupposé de Marx devrait sauter aux yeux. Rien n’assure la production industrielle et ses innombrables produits d’une quelconque garantie de débouchés. Il faut l’ingéniosité permanente des hommes et une évolution permanente. Aucune organisation collective n’est en mesure de produire pour le dit marché. Le marché concurrentiel y arrive bien mieux, sans que cela soit, évidemment, parfait, et les erreurs productives et les méventes se rencontrent souvent.

                Si la plus-value ressemble, comme l’indique Lacan, à un symptôme, un plus-de-jouir du dit capitaliste, cela est vrai dans un contexte productiviste qui identifie l’équipement industriel comme le capital comme tel ou du moins comme le capital principal et dominant les autres capitaux (ce qui n’a jamais été vrai que dans la tête de Marx !).

                C’est donc un symptôme capitaliste comme l’est le symptôme freudien est le moyen de jouir du sexuel refoulé inconscient sous la forme de son retour.

                Or, au-delà de la logique productiviste, c’est en fait l’argent qui constitue, dès l’origine, le principe organisateur de l’économie comme telle. L’économie est monétaire ou n’est pas.

                En toute rigueur, il convient donc de partir de là. Plus que tout autre objet, c’est bien la présence ou l’absence de l’argent qui détermine la mise au travail et la production possible ou non.

                Marx s’inscrit dans la tradition économique de Ricardo, et, comme l’affirme l’économie classique (et néoclassique), dans leur acception de la monnaie, celle-ci est neutre, elle établit des rapports d’échange, et l’argent serait, selon eux, l’équivalent général. Ceci règle pour eux tout questionnement autour de la nature de l’argent ! La cécité de la problématique de la monnaie est la cause même de l’échec du projet marxiste et de l’échec économique actuel !

                La problématique du riche que Lacan aborde dans le séminaire « le transfert » et sans doute aussi ailleurs (il faudrait vérifier) s’inscrit en faux par rapport à l’analyse marxiste. La simple observation de l’événement économique aussi !

               

En effet, comment soutenir que la monnaie est neutre quand sa présence ou son absence fait toute la différence d’une production de biens et services possible ou non ? Ceci se vérifie actuellement très violemment quand nous assistons aux refinancements ahurissants opérés quasiment sans limite de la part des banques centrales et des gouvernements, afin de tenter de maintenir debout les circuits économiques.

Justement, la problématique du riche se rencontre là dans toute sa violence ! Au fur et à mesure que l’argent est injecté dans le système bancaire, la dite « crise de confiance » des banques entre elles opère le retrait de la part des grandes fortunes financières, et l’argent manque aux particuliers et aux entreprises (et aux gouvernements via un manque de recettes fiscales), et il n’y aura certainement pas une reprise à espérer avant longtemps. Simplement, ces refinancements astronomiques essayent de différer la faillite générale. Il n’est pas sûr que cela marchera, car le point où les dettes publiques sont telles que la signature des états ne suffit plus pour inspirer confiance est quasiment atteint dans les pays riches et largement dépassé pour la majorité des états pauvres.

Le jour où il deviendra patent (bientôt) que la signature même des USA ne garantit plus rien n’est pas loin. A ce moment-là, la hausse des taux d’intérêt (liée aux risques pour les investisseurs) sera telle que la récession atteindra une violence comparable à celle des années 30.

Il sera toujours tentant d’émettre toujours et encore davantage d’argent, mais la confiance en la monnaie sera alors gravement menacée. Le fait que la monnaie est faite de papier le permettra. Une hyperinflation pourrait alors tout ravager. Une déflation qui peut virer à l’hyperinflation (excès de monnaie liquide incontrôlable).

Mais, hélas, émettre plus d’argent ne servira à rien, car les retraits seront toujours plus massifs et la production diminuera quand même.

En fait, le comportement de rétention de l’argent de la part des dits « riches » - à savoir de ceux qui font des placements financiers capitalistes – est imposé à ces riches par le fait que l’argent tel qu’il est n’est pas neutre comme j’ai montré. Et les dits capitalistes ne peuvent effectivement agir autrement que retenir massivement les liquidités, car les risques de perdre massivement leur capital est de plus en plus patent.

Et c’est ainsi parce que la monnaie, telle qu’elle est émise, n’est pas neutre. Autrement dit, le point par lequel elle ne l’est pas, c’est le facteur temps ! En effet, le capital se définit par le fait de produire une rente. En termes monétaires, il s’agit de l’intérêt du dit capital, et ce quel que soit le contexte économique !

Et l’argent actuel obtient ce rendement, car, sans l’intérêt d’épargne, l’argent, une fiction de valeur « éternelle », ne serait plus ramené aux banques du tout, et, comme les pièces d’or autrefois, disparaîtrait peu à peu de la circulation, quel que soit le montant émis. Sous les matelas ! Les banques proposeront donc toujours un taux d’intérêt positif. Keynes a identifié ce phénomène comme la trappe aux liquidités qui s’ouvre très largement en temps de crise. Les gouvernements « garantissent » l’épargne, ce qui est une position qui laisse songeur, surtout quand on est psychanalyste, mais c’est tellement énorme que tout le monde l’entend parfaitement ! Pour devoir dire cela, c’est qu’il n’y a, en fait, plus aucune garantie.

La notion de la dite plus-value doit donc être reformulée devant l’horizon de la mécanique monétaire actuelle. La rente monétaire, liée à la fiction de la monnaie d’être un objet qui garderait sa valeur faciale, alors que la plupart des biens et services révèlent en même temps leur fragilité en termes de durée de vie et de prix, justement à l’égard du temps, a pour effet que la monnaie n’est avancée que si cette rente a des chances d’être obtenue. Ce qui est de plus en plus problématique, d’où les retraits massifs de monnaie des circuits financiers. Par « précaution ».

La plus-value se révèle ainsi être la rente de l’argent, elle ne constitue en aucune façon un volume supplémentaire de richesses confisqué, car les intérêts encaissés par les prêteurs sont payés par les débiteurs, toujours et à tout moment. Il s’agit d’un transfert de richesses massif permanent, la « confiscation » n’est un plus que parce qu’il y a un moins du côté des débiteurs. Il en résulte que les écarts de richesses croissants qui en résultent selon une courbe exponentielle des intérêts et des intérêts composés aboutit à la crise systémique comme une fatalité.

C’est vrai que le débiteur est censé effectuer un surtravail (il paye sa maison deux ou trois fois en remboursant son crédit par exemple !), mais le fruit de ce surtravail est du travail dûment payé aux « riches » !

Il est vrai que la crise révèle une précarité de la richesse inédite qui est liée à l’insolvabilité croissante des débiteurs. Les riches ne pourront faire valoir leurs « droits » capitalistes qu’en prenant tout, un peu comme au monopoly. Ils prennent tout, les maisons (subprimes !), les voitures, les industries (rachat d’actions dépréciées), les terres, les matières premières, baissent les salaires et les avantages acquis, confisquent le savoir et les libertés publiques ! Mais, en termes monétaires, le compte n’y sera pas malgré tout ! Car, comme au monopoly, quand le gagnant a tout, le jeu s’arrête ! Et les débiteurs sont éliminés sans avoir pu payer tout ce qu’ils doivent !

Sauf que la vie continue, et les masses prolétarisées seront de plus en plus massivement exclus de l’économie monétaire pour retourner à une économie de survie, c’est-à-dire sans argent !

Comment interpréter autrement que 3 milliards d’humains vivant avec « moins de un dollar par jour » que par le fait que la moitié des êtres parlants ne participe, de fait, en aucune façon aux échanges économiques monétaires ou économiques tout court ?

Comment interpréter autrement que 500 personnes physiques, milliardaires, possèdent, dit-on, la moitié de la richesse de la planète ou plus ?

Cela laisse l’autre moitié aux autres dont au moins 3 milliards de personnes n’ont rien !

En fait, la rente monétaire n’est soutenable que quand il y a en même temps des taux de croissance du PIB forts, à savoir le fait que le gâteau à partager augmente régulièrement. Et ceci n’est plus possible dès lors que les riches ont trop pris et n’investissent plus du fait que les débiteurs sont devenus trop pauvres pour payer les intérêts. Et la production ralentit, et même, si elle ne fait que stagner, elle sera insuffisante pour organiser une redistribution et une survie (économique et physique !) de l’immense majorité des êtres parlants.

En terme de plus-value ou de moins-value, on peut donc dire que l’exigence de la rente monétaire a pour effet de ruiner l’équilibre social partout dans le monde !

Une sortie de ce dilemme serait l’instauration d’une monnaie anticrise telle que je la propose sur mon blog http://monnaiefondante.canalblog.com/ ou l’on trouvera aussi une riche documentation de tout ce qui peut être fait.

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