Cher Monsieur Liétar,

Merci de me répondre si gentiment!

    Si je vous ai  "copié", pourquoi pas, je ne le savais pas, j'ai parcouru votre livre à propos de l'argent qui m'a beaucoup plu (il faut que je remette la main dessus). En tout cas, je vous présente mes excuses dans ce cas, il ne s'agit pas pour moi de vous enlever le mérite qui vous revient dans ce cas.

    En effet, si vous avez lu mes autres textes de mon blog ainsi que ma proposition à la BCE, vous avez dû remarquer que je connais assez bien l'approche gesellienne de la monnaie - que vous connaissez également très bien. Je connais bien aussi les travaux d'Helmut Creutz.

    Quant à la proposition d'Irving Fisher, elle n'est pas valable du fait que la dépréciation qu'il suggère est beaucoup trop forte. Il s'inspirait, certes, de l'idée de Gesell, mais, comme on dit en allemand "der Teufel sitzt im Detail" (le diable est dans le point de détail), son idée discrédite l'approche gesellienne à mon avis... Quant à l'épargne, j'y réponds aussi, notamment en la distinguant de la thésaurisation d'une part, et, d'autre part, les comptes d'épargne ne sont pas à impacter du démurrage, évidemment, car il s'agit de placements que les banques sont chargées pour le compte des épargnants auprès des emprunteurs. Il ne s'agit d'obliger les citoyens à dépenser tout tout de suite eux-mêmes, il s'agit simplement de maintenir la circulation monétaire la plus stable et la plus régulière possible! Dans l'idée de Fisher, les citoyens se sentent, à juste titre, spoliés, et cette façon de faire ne saurait stabiliser les échanges!

    L'idée de Gesell est l'obtention d'une sorte de "neutralité" monétaire abusivement postulées actuellement par les monétaristes, car la monnaie traditionnelle ne peut être "neutre", sinon, elle circulerait parfaitement!

    Quant aux solutions techniques modernes, électroniques par carte ou par téléphone portable, je suis tout à fait d'accord! Surtout si elles sont plus simples et moins coûteuses et plus sûres.

    Quant aux tentatives japonaises, le problème est précisément que cela pousse à une thésaurisation accrue. Mais leur probléme est précisément l'absence de tout taux de démurrage, moyennant quoi l'expérience ne pouvait qu'échouer! Le diable réside dans ce "petit" détail!

    Sans participation de la banque centrale, il ne me semble pas pouvoir éviter l'écueil de la thésaurisation de la monnaie traditionnelle, effectivement. Car cette monnaie est faite ainsi.

    La monnaie anticrise (améliorée par les techniques modernes que vous suggérez) se substituerait sans aucun doute à la monnaie traditionnelle qui aurait tendance à être encore davantage thésaurisée qu'elle ne l'est déjà actuellement.

    Mais, il me semble que ma proposition fonctionnerait quand même!

    Justement, la monnaie anticrise pourvue d'un taux de démurrage tel que je le propose (en suivant Gesell), donnerait à l'usage de la monnaie anticrise un grand avantage et sa grande efficacité circulante (qui est recherchée justement!).

    Comme je l'expose dans ma proposition, me semble-t-il, la circulation de la monnaie anticrise est certainement bien plus rapide que la monnaie traditionnelle, un volume relativement faible suffira pour animer l'économie autant que les grandes quantités de la monnaie traditionnelle. Il suffirait, si cela s'avèrait nécessaire, d'en émettre un peu plus pour supplanter le retrait progressif de la monnaie traditionnelle. Peu importe, au fond, si des citoyens gardent leurs "anciens" billets sous le matelas, cela n'aura pas plus d'impact sur la monnaie anticrise et l'économie réelle que des lingots d'or, à savoir pratiquement aucun!

    La monnaie traditionnelle refluerait vers les banques et obligerait les banques à baisser les taux (d'épargne et de crédit), ce qui aurait un effet stimulant sur l'investissement dès lors que les liquidités (traditionnelles additionnées à la monnaie anticrise nécessairement) sont suffisantes.

    Si les banques devaient continuer (ce qui est possible du fait de la crise de confiance actuelle) à privilégier le retour de la monnaie vers la BCE, il me semble évident qu'il reviendrait au gouvernement qui émettrait les bons anticrise de persévérer dans cette voie aussi longtemps que nécessaire, justement pour contrer la crise.

    Bien entendu, une participation de la banque centrale serait plus que souhaitable, car elle serait amenée alors à substituer progressivement et définitivement la monnaie traditionnelle par la monnaie anticrise au fur et à mesure que les liquidités traditionnelles reflueraient.

    Je précise que ces liquidités traditionnelles qui refluent devront être remplacées par de la monnaie anticrise dans ce cas, mais sans doute à un volume sensiblement plus faible, car la monnaie anticrise circulerait beaucoup mieux, et un volume plus faible serait suffisant.

    Techniquement, la BCE devrait alors remplacer les liquidités présentées par des volumes dépargne correspondant via les banques, moyennant quoi ces sommes deviendraient à nouveau disponibles économiquement.

    Et ce qui devrait guider l'émission de la monnaie anticrise ne serait pas le volume qui reflue, mais l'indice des prix pour lesquels ils faut viser une stabilité sans déflation ni inflation (l'indice statistique des prix moyens par exemple). La stabilité des prix ne veut pas dire que certains prix ne baisseraient pas en fonction de l'évolution du marché et que d'autres s'élèvent, j'imagine que nous sommes d'accord!

    En tout cas, merci de votre réponse, je suis convaincu que nous tenons le bon bout de la solution anticrise et d'une possibilité du maintien de la paix sociale grâce à la monnaie anticrise. Une économie qui fonctionnerait et qui organiserait une redistribution des richesses sans aucune nécessité de croissance supplémentaire du PIB.

    Car le PIB, que les dirigeants politiques (et les économistes universitaires) veulent à tout prix voir croître, doit croître actuellement principalement pour maintenir la paix sociale. La cause en est le fait que la monnaie capitaliste actuelle (voir H.Creutz notamment) génère des intérêts et des intérêts composés qui nourrissent essentiellement les fortunes monétaires et qui doivent être payés par les débiteurs. Autrement dit, il s'agit d'un transfert de richesse absolument ruineux pour l'immense majorité qui ne peut tenir la tête hors de l'eau que si la croissance se poursuit à des taux forts. 1% de croissance du PIB est déjà beaucoup dans les pays riches et actuellement de moins en moins accessible (on parle de récession).

L'impact sur l'environnement et le manque de ressources sont aussi à prendre en compte.

Bien cordialement, Johannes Finckh



Cher Monsieur Bernard Liétar! J'ai mis ma réponse en suivant la vôtre, si vous le permettez, je mets cet échange sur mon blog. J'espère que notre correspondance se poursuivra jusqu'à la réalisation de nos idées, très cordialement, Johannes Finckh

Bordeaux, 24 janvier 2009
   

Johannes Finckh
  41, rue Roborel de Climens

  33000 Bordeaux

t. :0556447965 ou 0674641091

johannes.finckh@wanadoo.fr 

    Ce que propose, au fond, Monsieur Axel OTHELOT dans le numéro 10 du "sarkophage, page 14, est juste, à mon avis, mais ne va décidément pas assez loin !
En effet, pour que cette nouvelle « monnaie » puisse valablement fonctionner, il lui faudrait un appui institutionnel beaucoup plus important ! J’ai fait une proposition à la Banque centrale européenne qui est, pour l’instant, sans réponse. Je dis, en substance, qu’il suffit d’émettre une monnaie anticrise sur le mode « monnaie fondante ». Vous trouverez cet article sur mon blog
http://monnaiefondante.canalblog.com/ . Et cela fonctionne, même en laissant parallèlement subsister la monnaie traditionnelle ! Ce serait peut-être même mieux, car nous aurons un maniement plus simple et plus sûr de cette nouveauté.

Une participation de la BCE serait très intéressante, mais on peut aussi se passer des services de la BCE.

     En effet, il suffit qu’un gouvernement souverain décide de prendre une mesure en ce sens.

    Une possibilité assez simple et immédiatement applicable serait ceci par exemple :

1) Le gouvernement émet pour chaque citoyen des bons d’achats d’une valeur de 100 euros par mois.
2) Ces bons auront la particularité d’être « fondants », à savoir qu’ils perdent tous les mois 0,5% de leur valeur faciale et devront donc être     réactualisés par leurs détenteurs de 50 centimes d’Euro, auprès des banques, les bureaux de tabac, etc…
3) La validité des ces bons doit être universelle, ils devront être acceptés pour tous les paiements dans le commerce, dans les banques, aux impôts et dans les administrations comme de la monnaie liquide.

    S’agissant d’une mesure anticrise, l’Etat aura toujours l’autorité et le crédit suffisant pour émettre de tels bons anticrise sans que cela ne lui coûte autre chose que le coût de leurs fabrication et diffusion. L’état récupère d’ailleurs 0,5% mensuels ou 6% annuels de ces sommes du fait de leur actualisation par les détenteurs.
    Un calcul rapide donne que cela représente 6 milliards d’Euros (pour la France par exemple)  supplémentaires de pouvoir d’achat immédiatement actifs, ou, sur un an, 72 Milliards émis par l’Etat. Cela n’implique pas qu’il faille émettre autant en billets, car le retour rapide de la  grande majorité de ces bons anticrise vers les caisses de l’Etat permettrait de les réutiliser très largement le mois suivant, réactualisés. Il s’agira de mettre en plan un suivi de ce qui se passe pour ajuster  plus finement les dosages.
    L’effet de cette mesure : Ces sommes circuleront rapidement et réaliseront un grand nombre de transactions, l’effet anticrise qui en résulte ferait rentrer davantage d’impôts destinés à rembourser les dettes de l’état ou pour réaliser certains investissements, actuellement impossibles.

    Cette mesure ne sera pas inflationniste dans le contexte actuel, car l’usage de ces bons anticrise incitera les usagers, surtout ceux qui  disposent de revenus élevés par ailleurs, moins utiliser leur argent traditionnel pour le retourner aux banques ou pour le thésauriser, s’ils veulent. Donc, la mesure a toutes les chances d’être neutre sur l’inflation ! Les transactions en bons anticrise seraient plus nombreuses qu’avec les Euros actuels, et les excès de liquide en euros retourneront aux banques et même vers la  banque centrale !

    Sur le plan de la croissance économique, cette mesure est  parfaitement neutre, car ces bons ne génèrent pas d’intérêts, et la contrainte à la croissance aura totalement disparu pour maintenir une activité économique de redistribution.

     Car ce qui contraint actuellement les gouvernements à souhaiter accroître le PIB, est l’intérêt exigé par les détenteurs de fonds (les détenteurs de capitaux). Dans la mesure où ces détenteurs de fonds se trouvent confrontés à une émission de fonds (les bons d’achat fondants) n’exigent pas d’intérêts, ils devront modérer leurs exigences d’intérêts. Ceci est flagrant pour les épargnants à qui les banques proposeront alors un intérêt moins élevé dès que le retour aux banques de liquidités se fait plus rapidement, du fait que les bons anticrise se substituent en partie à la circulation en euros.
    Les banques auront alors la possibilité d’accorder des prêts aux particuliers et aux entreprises moins chers, car elles paieront moins d’intérêts aux déposants. Il suffit qu’elles aient cette possibilité pour qu’elles le fassent, car la seule instance qui ne  reprend pas les bons anticrise, c’est bien la banque centrale, car elle ne les a pas émis ! Du coup, les banques ne pourront en faire autre chose que les prêter.

    De même, dès que les usagers (les commerçants par exemple) ramènent les bons anticrise aux banques, les banques devront  appliquer aux comptes courants un taux de « fonte » proche de celui des bons anticrise, car, sinon, elles perdraient de l’argent, ce qui n’est aucunement le but, car la mesure anticrise vise à stabiliser le système bancaire, et le prêt interbancaire et  le crédit.

    Les investissements seront alors moins coûteux et pourront se faire pour des projets ayant un rendement moindre.

    Y a-t-il un moyen d’échapper à la « fonte » pour un particulier ?
    Bien entendu oui, deux en principe :
1) soit, il dépense ses revenus et achète des biens et services (durables ou non)

2) soit, il les pose sur un compte épargne en acceptant des taux réduits ou nuls, cela protège néanmoins son bien du fait de la grande stabilité d’un tel système.

    Un autre point : les bons anticrise fonctionnent le mieux dans un environnement à prix stables, à savoir que, dès que les prix  montent (inflation), il faudra que le gouvernement et la BCE décident de mesures de restriction de monnaie pour stabiliser les prix. Il est certain que si la BCE pouvait collaborer à la mise en place d’une telle mesure anticrise, tout serait beaucoup plus facile encore, mais faute de mieux, il pourrait y avoir un chemin
tel qu’indiqué ici.

    J’avais pensé aussi à distribuer ces bons anticrise à une partie de la population, à faible revenu par exemple, mais je rejette cette idée, car ces bons anticrise ne doivent se substituer à des mesures sociales nécessaires par ailleurs, et il n’est pas bon de  « stigmatiser » ainsi leurs usagers comme étant des « pauvres ».

    A mon sens, un tel plan mérite d’être mis en place, il serait infiniment plus efficace que les « primes à la casse », les aides insensée aux banques et autres politiques publiques d’investissement coûteux et peu efficaces, car ces mesure ne font  que se substituer aux investissements privés défaillants et aux refinancements interbancaires défaillants.
    Précisément, les bons anticrises agiraient très efficacement contre ces deux phénomènes de la crise systémique actuelle.

Sent: Sunday, January 25, 2009 7:21 AM

Subject: Re: plan anticrise pour le gouvernement


Cher Johannes,

    Merci de me copier dans cet echange. Cette approche, qui fut recommandee par l'economiste de Yale Irwin  Fisher pendant la Grande Depression, est a mon avis techniquement  valable. Neanmoins, il reste un probleme non résolu de substitution par  l'epargne qui est explique a la fin de ma communication.
    La difference principale avec l'idee de Fisher est le taux de demurrage  applique sur cette monnaie: Fisher parlait de 2% par semaine, en  contraste avec 0,5% par mois dans votre proposition. L'approche de Fisher permettait apres 52 semaines de retirer le billet , de maniere que 104% de sa valeur nominale ait ete apposee en timbres (ce qui  laissait 4% de revenus nets pour administrer le systeme). Donc du point de vue gouvernemental, l'emission de cette monnaie payait pour elle-meme...

    Ma suggestion pour adapter cette approche a la technologie d'aujourd'hui serait de faciliter le systeme par l'utilisation d'une carte à puce. Le démurrage (quel que soit son taux) serait alors applique automatiquement sur le compte de la monnaie anticrise, ce qui permettrait de se passer  de la manipulation des timbres et billets physiques. D'ici peu, on devrait meme pouvoir remplacer la carte par un systeme de payement active par telephone mobile (il y a deja maintenant plus de téléphones mobiles que de comptes en banque...).

Quelques avantages:
     - il ne faut pas sous-estimer le problème du coût et le problème  technique d'imprimer un tel volume de billets , car ils devront évidemment être conçus avec des précautions anti-fraude (exactement  comme un billet d'euro).
    - on pourrait ainsi réutiliser la carte (ou le téléphone mobile) en la  rechargeant électroniquement, quand et si le gouvernement décide de  renouveler une nouvelle émission de monnaie anticrise.

    Un important problème non resolu pour toutes ces propositions: il y a quelques annees, le gouvernement Japonais a essaye de contrecarrer la
déflation en émettant des bons de consommation a la population. Ces bons ont dûment été dépensés (même sans demurrage), mais dans 80% des cas ils ont simplement remplacé des dépenses en Yen pendant le même période. En d'autres termes, dans la plupart des cas les gens ont épargné en Yens le montant correspondant à l'utilisation des bons, sans donner une stimulation nette a l'economie. C'est pour cela que l'expérience des bons n'a pas été répétée au Japon...
    Je n'ai pas trouvé de solution à ce problème qui affecterait aussi  l'idee de monnaie anti-crise que vous proposez.
Quelqu'un a t'il une idee?

Cordialement,

Bernard

PS: A toutes fins utiles, ma propre proposition pour amoindrir le choc de la crise bancaire sur l'economie reelle est presentee dans un "White Paper" disponible sur mon site web personnel 
www.lietaer.com

Oui, la monnaie fondante est le moyen d’en finir avec la crise, tout de suite !