Subject: Re: Gesell, monnaies complémentaires ... et l'argent du futur.

                                                                     

.Je voudrais tout d'abord vous remercier et vous féliciter pour votre article très intéressant.

Votre article m'intéresse d'autant plus que j'avais réinventé sans le savoir "la monnaie fondante" dans les années 1986/87 ; j'en ai présenté le concept en 1991 au MIT et en 1995 à la Banque de France. J'ai appris l'existence de Gesell via les SEL grâce au livre "1995, le pari Monnaie-terre" ; livre que je recommande.

J'ai été à Neuchatel où j'ai trouvé quelques documents sur Gesell. J'ai entendu parler des "critiques de Keynes", mais je n'ai pas encore réussi à trouver ces documents  >> si vous en avez ou en connaissez, je suis très preneur !

Je serais très intéressé par la traduction français que vous proposez. Je peux vous emprunter le livre ou vous l'acheter un prix raisonnable;

(je l'ai vu d'occasion à 75 euros, ce qui est un peu trop pour des concepts intéressants mais partiels). Eventuellement, je veux bien le scanner s'il n'est pas trop gros et mettre le résultat à disposition de transversel.

Je viens de lire le nouveau livre de Bernard Lietaer et Margrit Kennedy dans sa traduction française : "monnaies régionales" : il m'a fait découvrir les "méreaux" et autres "jetons"  - pas mal expliqués sur wikipédia - les "renovatio monetae" et surtout le Japon en tant que pays le plus en avance au monde dans l'expérimentation de monnaies complémentaires, sans parler des expériences du Brésil ou la liste de "monnaies spécifiques" qui existent.>> Je recommande à tous cette lecture passionnante.

Globalement, par rapport à votre texte, j'ai une analyse complémentaire à la fois simple dérangeante ... et souvent incomprise.

La "monnaie" est un mélange conceptuel formulé la première fois par Aristote. La "monnaie" ne peut avoir d'existence stable puisque sa définition porte en son sein une contradiction : circulation et "réserve de change" qui sont 2 fonctions contradictoires - il faut un intérêt positif pour accélérer la fonction épargne et un intérêt négatif pour accélérer la fonction circulation - ... quant à la fonction étalon ; elle est décorrélée des 2 autres fonctions.

Si Aristote avat dit ; "il faut un jeu de monnaies" pour gérer l'économie, il aurait eu juste ... et c'est exactement ce qu'on observe dans l'histoire des différentes régions et pays.

Donc une "monnaie" remplissant correctement les 3 fonctions n'existe pas et n'existera jamais.

Qui plus est, 80 % de la valeur ajoutée est immatérielle (cf observatoire de l'immatériel) et représenter l'immatériel par du matériel (la monnaie marchandise) est un non-sens conceptuel.  (quand je donne une marchandise, je ne l'ai plus ; quand je donne une idée, je l'ai encore).

Par contre, sont bien réels les BESOINS de FONCTIONS.

La difficulté est de gérer les aléas, les incertitudes et la non fiabilité des réseaux neuronaux (cerveaux).

Et il est tout à fait légitime que les humains cherchent à "piloter" ; c a d comprendre et orienter l'organisation (nomos) de la maisonnée (oïkos) pour que les ressources soient transformées en satisfaction des besoins ... et en plaisir de vivre !

Il reste encore 2 sauts conceptuels à effectuer :

  1- La "valeur" n'existe pas. Les prix existent : ils résultent de confrontations. Si un marché existe, une "valeur approchée" peut exister, mais il n'y a pas de "valeur".

   - donc, la comptabilité de caisse peut être considérée comme juste

   - par contre la comptabilité d'entreprise est complètement à revoir puisqu'elle ajoute des valeurs certaines (ce qui est en caisse) et des valeurs floues (valeur de stock, immobilisations,etc ...)

  2- Pour piloter un système complexe, il faut gérer la cohérence objectifs -moyens. Sans informatique, c'est quasi impossible à réaliser (les communistes utilisaient 30 % de leurs forces vives à gérer l'organisation). Avec l'informatique, il en va tout à fait autrement.

Pour piloter un système, il faut que les objectifs.soient définis. Si on souhaite un système démoncratique, il faut inventer un système qui "capture" les souhaits et désirs de la façon la plus light possible ...  Rien, dans les théories de la monnaie ne fait allusion à ce besoin fondamental. Pire même, les monnaies sont réputées conceptuellement "neutres" ... ce qui n'est pas vrai dans la pratique ... alors que pour piloter le système, il faut justement avoir les "intentions".

Voilà quelques bases de réflexion qui expliquent une vue "complémentaire" à la votre ...

Nous travaillons en équipe pour construire les "ponts" entre différentes approches (gouvernance (fph), monnaies complémentaires (Lietaer), monnaies SOL (Viveret) , Ethique (Centrale Ethique) et argent du futur (www.projetplus.net).

J'ai l'impression que vous seriez intéressé pour contribue à cette synthèse.

Meilleurs Voeux pour 2009

Cordialement

Claude PERIGAUD

ex SEL de PARIS.

Cher Monsieur Perigaud,

mercide m'avoir écrit, cela m'encourage de poursuivre;

Je vous recommande mon blog http://monnaiefondante.canalblog.com/ , notamment les premiers articles sur la linéarité de la production/consommation et la circularité de la fonction monétaire.

D'autre part, si vous souhaitez recevoir un de mes exemplaires de l'ordre économique naturel de Silvio Gesell, je vous l'enverrai gratuitement dès que j'aurai votre adresse; Je sais qu'il a été scanné aussi par quelqu'un et mis sur le net, mais je ne sais plus où.

Peu importe, votre engagement serait de m'en faire un commentaire.

Je reste pour ma part convaincu que la solution gesellienne (H.Creutz et M.Kennedy disent des choses qui vont dans le même sens!) reste de loin la meilleure solution pour sortir de la crise actuelle!

Evidemment, Gesell récuse absolument la fonction "réserve de valeur" pour la monnaie qui est évidemment incompatible avec la qualité circulante de celle-ci.

Il démontre que nous devons abandonner définitivement cette fonction réserve de valeur, en tout cas attachée à la monnaie!

Il trouve par là la vraie sortie du capitalisme!

Quant à Keynes, vous lirez la "théorie générale de l'emploi, de l'intérêt  et de la monnaie" pbp(petite librairie payot) pp. 348-353, Keynes fait un commentaire long et élogieux de Gesell, mais non dépourvu d'une certaine mauvaise foi et de deux erreurs grossières que j'ai également commentées sur mon blog!

Bon courage, et encore merci, jf