Questions de Lucien Orio du 22 décembre 2008

Mon cher Johannes,

Pour le taux d'intérêt:

1. Pourquoi existe-t-il un taux d'intérêt positif?

2. Quel est son niveau de long terme et pourquoi fluctue-t-il?

3. Est-il la rémunération de quelque chose (l'attente des néoclassiques) ou simplement une fraction du profit ( Marx)?

4. Jusqu'à quel point peut on le faire baisser? Etant entendu qu'il s'agit ici du taux long.

Je te laisse méditer encore et et encore. On reprendra ces questions et d'autres, notamment celles du crédit

Bien des choses à Marie-françoise. Joyeuses fêtes, Lucien

Réponses proposées par Johannes Finckh, 23 décembre 2008

1) Pourquoi existe-t-il un taux d’intérêt positif ?

Personnellement, je ne peux me contenter entièrement de la réponse de Keynes qui indique un taux d’intérêt monétaire net.

Keynes fait le résumé de la théorie Silvio Gesell sur ce point, et il valide en partie tout en le critiquant injustement, car il n’a pas tout compris ou volontairement tronqué pour placer ses idées largement piochées dans Gesell!. Tu trouves ainsi, après la page 348, dans la « théorie générale… » (pbp) en traduction française ce que Keynes savait de Gesell. Je te copie plus particulièrement le passage allant de la page 350, dernière ligne,  à la page 353, fin du chapitre VI :

« La contribution propre de Gesell à la théorie de la monnaie et de l'intérêt est la suivante. En premier lieu il fait nettement la distinction entre le taux de l'intérêt et l'efficacité marginale du capital, et il soutient que c'est le taux de l'intérêt qui fixe une limite à la vitesse d'accroissement du capital réel. Il montre ensuite que le taux de l'intérêt est un phénomène purement monétaire, que la particularité de la monnaie d’où le taux de l'intérêt monétaire tire son importance est que sa possession en tant que moyen d'entreposer la richesse impose seulement à ceux qui la détiennent des frais de conservation négligeables, et que les richesses comportant des frais de conservation appréciables, comme les stocks de marchandises fournissent en fait un revenu à cause de la norme fixée par la monnaie. Il trouve dans la stabilité relative du taux de l'intérêt à travers les âges une preuve que ce taux ne peut dépendre de facteurs purement physiques, car les variations des facteurs de cet ordre d'une époque à l'autre ont été sans a doute infiniment plus fortes que celles qu'on observe dans le taux de l'intérêt; ceci revient à dire (dans notre langage) que le taux de l'intérêt, lequel dépend de facteurs psychologiques constants, est resté stable et que les facteurs très instables qui agissent en premier lieu sur la courbe de l'efficacité marginale du capital ont déterminé, non le taux de l'intérêt, mais la vitesse à laquelle le taux de l'intérêt (qui dans une certaine mesure était donné) a permis au stock de capital réel de s'accroître.

Cette théorie présente toutefois un grave défaut. Gesell démontre que c'est uniquement parce qu'il existe un taux d'intérêt de la monnaie qu'on peut obtenir un revenu en prêtant des stocks de marchandises. Son dialogue entre R son Crusoé et un étranger (1) est une excellente parabole économique — une des meilleures qu'on ait écrites à l'appui de cette affirmation. Mais, une fois qu'il a donné la raison pour laquelle le taux d'intérêt de la monnaie, à la différence de la plupart des taux d'intérêt de marchandises, ne peut être négatif, il ne voit nullement la nécessité de dire pourquoi ce taux d'intérêt est positif, et il ne parvient pas à expliquer pourquoi ce n'est pas le rendement du capital productif qui gouverne le taux d'intérêt de la monnaie (comme le soutient l'école classique). Car la notion de préférence pour la liquidité

(1)     The Natural Economic Order, pp. 297 et suiv.

351

lui a échappé. II n'a construit qu'à moitié la théorie du taux dé l'intérêt.

C'est sûrement à cause de ses lacunes que la théorie de Gesell n'a guère retenu l'attention des milieux universitaires. Pourtant il l'avait suffisamment approfondie pour aboutir à une recommandation pratique qui, sans être applicable sous la forme qu'il a proposée, pourrait n'en contenir pas moins l'essentiel du remède nécessaire. Il soutient que le développement du capital réel est contrarié par le taux d'intérêt de la monnaie et que, en l'absence d'un tel obstacle, ce développement dans le monde moderne serait si rapide qu'un taux d'intérêt de la monnaie nul se trouverait justifié sinon immédiatement du moins dans un délai relativement court. Il importe donc avant tout d'abaisser le taux d'intérêt de la monnaie et Gesell montre qu'on y peut parvenir en faisant supporter à la monnaie des frais de conservation semblables à ceux qui grèvent les autres stocks de marchandises improductives. Ceci le conduit au fameux système de la « monnaie estampillée », auquel on a surtout associé son nom et qui a été approuvé par le Professeur Irving Fisher. Dans ce système les billets en circulation (et il est clair qu'au moins certaines formes de monnaie de banque devraient être soumises au même régime) ne pourraient conserver leur valeur qu'à la condition d'être revêtus chaque mois (comme une carte d'assurance) d'une estampille délivrée par les bureaux de poste. On pourrait bien entendu fixer le prix de l'estampille au chiffre convenable. Selon notre théorie ce prix devrait être approximativement égal à l'excès du taux de l'intérêt de la monnaie (abstraction faite des estampilles) sur l'efficacité marginale du capital qui correspond au flux d'investissement nouveau compatible avec le plein emploi. En fait, Gesell proposa un droit de 1 °/00 par semaine, soit 5,2 % par an. Ce chiffre serait trop élevé dans les circonstances actuelles; seuls des tâtonnements pourraient indiquer le chiffre correct, lequel d'ailleurs devrait être modifié de temps à autre.

L'idée sur laquelle repose la monnaie estampillée est juste. Il est possible qu'on trouve le moyen de l'appliquer sur une échelle restreinte. Mais elle soulève de nombreuses difficultés que Gesell a ignorées. Il n'avait pas compris en particulier que la monnaie n'est pas la seule richesse assortie d'une

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prime de liquidité, qu'il n'y a qu'une différence degré entre elle et beaucoup d'autres articles, et qu'elle tire son importance du fait qu'elle a une prime de liquidité plus forte qu'aucun autre article. Si les billets en circulation devaient être privés de leur prime de liquidité, toute une série de succédanés viendrait prendre leur place, monnaie de banque, créances à vue, monnaies étrangères, pierreries, métaux précieux dans leur ensemble, etc. A certaines époques, ce fut sans doute, comme nous l'avons indiqué précédemment, le goût de la propriété foncière, abstraction faite de son rendement, qui contribua à maintenir l'élévation de l'intérêt — dans le système de Gesell ce phénomène serait rendu impossible par la nationalisation des terres. »

Fin du chapitre

(JF) J’ ai mis en bleu les deux passages qui posent problème :

« Cette théorie présente toutefois un grave défaut. Gesell démontre que c'est uniquement parce qu'il existe un taux d'intérêt de la monnaie qu'on peut obtenir un revenu en prêtant des stocks de marchandises. Son dialogue entre Robinson Crusoé et un étranger (1) est une excellente parabole économique — une des meilleures qu'on ait écrites à l'appui de cette affirmation. Mais, une fois qu'il a donné la raison pour laquelle le taux d'intérêt de la monnaie, à la différence de la plupart des taux d'intérêt de marchandises, ne peut être négatif, il ne voit nullement la nécessité de dire pourquoi ce taux d'intérêt est positif, et il ne parvient pas à expliquer pourquoi ce n'est pas le rendement du capital productif qui gouverne le taux d'intérêt de la monnaie (comme le soutient l'école classique). Car la notion de préférence pour la liquidité lui a échappé. II n'a construit qu'à moitié la théorie du taux dé l'intérêt. »

Je t’oppose ici le dernier chapitre de l’ordre économique naturel de Silvio Gesell pour souligner toute la mauvaise foi dont Keynes a déjà fait preuve, tout y est et le pourquoi le taux ne descend jamais à zéro, et le lecteur qui n’aurait pas « compris » est invité à relire le livre, car Gesell ne dit que ça et sur tous les tons ! Le taux monétaire net, avec la monnaie actuelle, ne saurait aller vers zéro du fait de la supériorité de la monnaie sur les biens et services en terme de « stockage », de mobilité pratique dans le temps et l’espace et de souplesse d’usage !

Gesell appelle plus haut dans son texte cet intérêt monétaire net « l’intérêt fondamental », Urzins en allemand.

Ce sont là des choses que Keynes admet parfaitement sous le nom de « prime de la (renonciation à la) liquidité bien connue. Keynes a voulu ici placer son idée, il ne fallait pas admettre que Gesell l’avait très largement anticipé ! Il fallait donc faire preuve de malhonnêteté intellectuelle sur ce point !

Voici les pages chez Gesell :

Il s’agit du dernier chapitre (8) de la partie V, consacré à la théorie de l’intérêt, mais en fait, tout son texte est traversé de preuves  (pages 352-357 de l’Ordre économique naturel)!

(p.352)« 8. L'intérêt net du capital, grandeur immuable. (Silvio Gesell) :

Nous venons de montrer que, aussi longtemps qu'une hausse est en vue (durant la marée montante des affaires, appelée « conjoncture ascendante » ), le taux de l'intérêt accueille à côté de ses deux premiers éléments : l'intérêt du capital et la prime de risque (assurance),

  L'INTERÊT NET DU CAPITAL                                                  353

un troisième élément : la prime de hausse ou quote-part du prêteur dans la hausse des prix prévus. Il en résulte que si nous voulons étudier les variations de l'intérêt du capital, ce serait une erreur que de comparer tout bonnement les taux pratiqués aux diverses époques. Cette méthode mènerait à des conclusions aussi erronées, que la méthode qui consisterait à comparer les salaires à diverses époques, sans tenir compte des prix des marchandises durant ces mêmes époques.

Mais comme, ainsi que nous l'avons remarqué, la prime de hausse ne fait son apparition qu'en même temps que la hausse générale des prix, et disparaît avec elle, nous pouvons supposer que, durant les nombreuses périodes de baisse mentionnées dans l'histoire, le taux de l'intérêt ne comprend que l'intérêt du capital et éventuellement la prime de risque. Le taux d'intérêt pratiqué à ces époques se prête donc parfaitement à l'étude des mouvements de l'intérêt du capital (1).

Une période bien connue de baisse générale et continuelle des prix, fut celle qui va d'un siècle avant Jésus-Christ jusque vers l'an 1400 (2). Durant cette longue période la circulation monétaire se limita à l'or et à l'argent métalliques, les billets et les jetons n'étant pas encore connus en Europe. D'autre part les sources de ces métaux, notamment les mines d'argent d'Espagne, étaient épuisées. L'or légué par l'antiquité était gêné dans sa circulation par l'interdiction (souvent inefficace d'ailleurs) de l'intérêt, et se perdait peu à peu. La baisse générale des prix est donc fondée sur des faits généralement admis, et n'est contestée nulle part.

Dans l'ouvrage de Gustav Billeter « Die Geschichte des Zinsfusses im griechisch-römischen Altertum bis auf Justinian » (Histoire du taux de l'intérêt dans l'antiquité gréco-romaine jusqu'à Justinien) on trouve les indications que voici

P. -163 : « A Rome, nous trouvons déjà fixés du temps de Sylla (82-79 avant Jésus-Christ) les types actuels : de 4 à 6 %. »

P. 164: « Cicéron écrit vers la fin de l'année 62: Les gens solvables, d'un crédit solide, obtiennent de l'argent en abondance à 6 %. Et Billeter d'ajouter: « Ceci trahit déjà une tendance à la baisse ; effectivement, nous ne tarderons pas à rencontrer un taux plus bas. »

P. 167 : ((Durant la guerre (vers l'an 29) l'intérêt atteignit 12 %. Même les gens les plus solvables devaient payer ce taux. De 4 ou 6% l'intérêt avait donc monté à 12 %. Mais l'on revit bientôt les 4% d'autrefois. »

________________________

(1) En temps de hausse des prix, le taux de l'intérêt se compose de l'intérêt fondamental et de la prime annuelle de hausse ; en temps de baisse il est égal à l'intérêt fondamental, moins le taux annuel de la chute des prix. La supposition selon laquelle le taux-de l'intérêt est égal en temps de Laisse, à l'intérêt fondamental n'est vraie qu'approximativement [IX].

(2) La France, l'Italie et l'Espagne, pays où le titre des monnaie fut réduit par ce que l'on a coutume d'appeler le faux monnayage, constituent ici une exception.

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(Ce taux de 12 % en temps de -guerre s'explique aisément par la hausse considérable de la prime de risque. Il faut également tenir compte de la possibilité d'une hausse accidentelle, en dépit de la pénurie générale d'argent; dans ce cas le taux de l'intérêt comprenait également une prime de hausse. Un changement dans la vitesse de la circulation monétaire, provoqué par exemple par une nouvelle législation en matière d'intérêt, suffirait déjà pour expliquer le fait.)

P. 180_: L'empire romain avant Justinien: « Pour des placements de tout repos, le taux va de 3 à 15 % ; 3 % est exceptionnel, c'est visiblement le taux le plus bas, même dans les placements ayant le caractère d'une rente. 15 %Q% est tout à fait exceptionnel, 12 % L’est moins mais n'est pas encore typique, 10 % est isolé. Le vrai type se trouve entre 4 et 6 %. Entre ces deux taux, il convient de noter que les conditions de temps et de lieu ne jouent aucun rôle déterminant ; c'est la nature du placement qui détermine le taux : 4 % est un taux réduit, 6 % est coutumier, 5. % le taux moyen, est pratiqué pour les très bons placements, c'est le taux ordinaire pour les affaires offrant une sécurité normale. Le taux officiel varie également de 4 à 6 % (il n'est jamais de 12) ; la base de capitalisation est 4 % et 3 1/2 % »

P. 314: L'époque de Justinien (527-565) : « Tirons les conclusions. Nous voyons que, dans des circonstances spéciales, le taux de capitalisation peut monter jusqu'à 8 % ou baisser jusqu'à 2 % ou 3 %. Dans les conditions ordinaires, 5 % nous apparaît normal, quoiqu’un peu forcé; 6 et 7 % semblent pratiqués assez généralement mais sont toujours considérés comme la moyenne habituelle. C’est donc entre un peu moins de 5% et 6% qu’il convient de situer le taux moyen de l’intérêt. »

Les investigations de Billeter s’arrêtent là . Résumons les données qu'il a fournies..

Du temps de Sylla (82-79 av. J.-C.) on payait de 4 à 6 %...A I'époque de Cicéron (62 av. J: C.) on trouvait à 6 % de l'argent en abondance. Après une courte interruption provoquée par la guerre (29 av. J.-C.) l'ancien taux de 4 % se rétablit. Sous l'empire, jusqu'à Justinien on comptait habituellement de 4 à 6 %. Sous le règne de Justinien (527-565) le taux était en moyenne de 5 ou 6 %.

Que signifient ces chiffres? Que pendant une période de 600 ans, le taux de l'intérêt resta le même que celui que nous pratiquons aujourd'hui, après un millénaire et demi. De 4 à 6 1/2 %, le taux d'alors dépassait peut-être quelque peu celui d'aujourd'hui ; mais la différence revient sans doute à la prime de risque. Pendant l'antiquité et le moyen âge, la prime de risque fut, à n'en pas douter, plus importante que de nos jours, où i'Eglise; les coutumes et les lois ont pris l'int& t sous leur protection.

L'INTÉRÉT NET DU CAPITAL                                                    355

Ces chiffres prouvent que l'intérêt est indépendant des circonstances économiques, politiques et sociales. Ils infligent un démenti cinglant aux diverses théories de l'intérêt et notamment à la théorie de la productivité, la seule qui eût encore les apparences pour elle. Si on paye pour des moyens modernes de travail, comme les batteuses à vapeur, les lieuses automatiques, les fusils automatiques, les explosifs, etc., le même intérêt que pour la faucille, le fléau, l'arbalète et le coin d'il y a 2.000 ans, qu'on ne vienne pas nous dire que ce qui détermine l'intérêt, c'est l'utilité, la productivité des moyens de travail (des moyens de production).

Ces chiffres signifient que l'intérêt doit son existence à des circonstances qui ont exercé leur influence avec une force exactement égale, il y a 2.000 ans, et ce, pendant une période de 600 ans. Quelles sont ces circonstances, ces forces, ces choses ? Pas une seule des théories connues à ce jour ne nous donne la moindre indication utile à la solution de ce problème.

Il est regrettable que les recherches de Billeter s'arrêtent à Justinien ; sur l'époque qui suit, il n'existe que je sache, aucune recherche digne de foi, avant Christophe Colomb. Il serait d'ailleurs difficile de trouver dans cet intervalle des indications sûres, du moins pour les pays chrétiens, où l'on prit des mesures de plus en plus sévères contre l'intérêt, et où la pénurie toujours croissante de métaux monnayables réduisit continuellement le mouvement de l'argent et le commerce. A partir de 1400, le titre des monnaies subit des réductions considérables, et il n'est plus possible de distinguer dans le taux, l'intérêt net du capital. Ici Billeter aurait dû combiner ses recherches avec des statistiques de prix, afin d'éliminer du taux de l'intérêt la prime éventuelle de hausse.

(Si le pape Clément V put, au Concile de Vienne (1311), menacer d'excommunication les pouvoirs temporels auteurs de décrets favorables à l'intérêt, cela prouve à quel point le commerce était faible et combien le prêt était rare. Il était possible au pape de frapper avec sévérité quelques pécheurs isolés ; si le commerce avait été actif et si la transgression de cette interdiction s'était vue tous les jours, le pape n'aurait pas osé lancer d'anathème. La preuve en est, qu'à mesure que le commerce s'est développé,l'opposition de l'Eglise a faibli.)

L'intérêt net du capital est une grandeur immuable ;, voilà la vraie loi d'airain. Toutes les recherches relatives à l'intérêt le prouveront, à condition de tenir compté de la répercussion du mouvement des prix sur le taux de l'intérêt (prime de hausse). Si nous avions eu pendant 2.000 ans un niveau des prix invariable, le taux de l'intérêt se serait maintenu invariablement entre 3 et 4%.

L'invention des jetons au xve siècle — qui eut sur les prix une influence aussi grande que la monnaie papier — et la mise en exploitation des mines d'argent du Harz, d'Autriche et de Hongrie fourni-

                        

            

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rent un sang nouveau à la vie économique de bien dis pays. La découverte de l'Amérique inaugura le grand bouleversement des prix des XVIe et XVlle siècles. Les        prix haussaient  sans arrêt et le taux

de l'intérêt était grevé d'une lourde prime de hausse. Il ne faut donc pas s'étonner de voir durant toute cette période l'intérêt atteindre untaux très élevé.

Le livre.d'Adam Smith « Recherches sur la nature de la richesse » (Inquiry into the nature of wealth) fournit les chiffres que voici : en 1546, la limite légale du taux de l'intérêt était 10 % ; ce décret fut renouvelé en 1566 par Elisabeth, et le taux de 10 ,% fut admis par la loi jusqu'en 1624.

A cette époque le bouleversement des prix avait pris fin; après l'écluse de la hausse générale, les prix voguaient maintenant sur un canal tranquille. Ce changement eut sa répercussion sur l'intérêt; car en 1624, l'intérêt passa à 8 %, puis, peu après le rétablissement des Stuart (1660), il fut réduit à 6 %, puis à 5 % en 1715.

            « Ces décrets semblent tous avoir suivi les mouvements du taux sur le marché libre, et non les avoir précédés. » Ainsi s'exprime. Adam Smith.

            A partir de la reine Anne (1703/14), il semble que 5 % soit plutôt au-dessus qu'au-dessous du «market rate» (du taux du marché). C'était naturel: la hausse des prix était terminée à cette époque, et le taux de l'intérêt ne consistait plus qu'en intérêt du capital et en prime de risque; c'est-à-dire qu'il ne représentait plus que l’intérêt net, plus le taux d'assurance.

            « Avant la dernière guerre, dit Smith, lEtat empruntait à 3% et les gens dignes de confiance de la capitale ainsi que bien d’autres  parties du pays, payaient 3 1/2, 4 et 4 1/2 % ».

            Nous retrouvons donc exactement les mmes taux qu’aujourd’hui.

            

            Faut-il encore d'autres preuves que l'intérêt net du capital obéit à une loi d'airain, qu'il ne peut baisser en deçà de 3 %, ni hausser au delà de 4 ou 5 %, que les fluctuations de taux de l'intérêt ne sont pas imputables à l'intérêt fondamental ? Dans les temps modernes, quand donc le taux de l'intérêt a-t-il haussé ? Ce fut toujours en même temps que les prix, et seulement avec eux. Après les découvertes d'or en Californie, le taux de l'intérêt monta si haut que les grands, propriétaires fonciers allemands endettés se lamentaient, en dépit de la hausse des céréales. La hausse des céréales était absorbée par l'accroissement des revendications salariales. A l'épuisement des mines, les prix tombèrent, ainsi que le taux d'intérêt. Ensuite vinrent les milliards de l'indemnité de guerre payée par la France; hausse des prix, hausse du

L'INTÉRÊT NET DU CAPITAL                                                              357

taux. Puis, le grand krach de 1873 ; le taux fléchit. Pendant les deux périodes de hausse qui vont de 1897 à 1900 et de 1904 à 1907, le taux de l'intérêt monta lui aussi ; après quoi les prix subirent une baisse générale durant laquelle l'intérêt fut à un taux réduit. Actuellement les prix montent de nouveau lentement, et le taux également. Bref, si l'on soustrait partout du taux de l'intérêt la prime de hausse correspondant à la hausse générale des prix, il reste pour l'intérêt une grandeur immuable, rigide comme l'airain.

Pourquoi l’intérêt ne tombe-t-il jamais plus bas que 3% ; pourquoi ne baisse-til jamais jusqu’à zéro, ne fut-ce qu’un moment, un jour par an, un an par siècle, un siècle en l’espace de deux millénaires.

La réponse est fournie dans ce livre. »

(JF)

Voici la fin du livre de Gesell, mais il faut faire l’effort de le lire entièrement, en tout cas la partie monétaire !

Je ’en fous un peu de ces querelles d’antériorité, mais cela contribue à vouloir ridiculiser celui qui révolutionne l’économie politique comme aucun autre et celui qui trouve la vraie sortie de l’abjection capitaliste!  Si on se contentait de valider le fait que Keynes valide néanmoins la solution –désormais évidente- proposée par Gesell, à savoir la monnaie « estampillée » ou « fondante » ou « éléctroniquement affectée de coûts de stockage en fonction du temps », on trouverait bien le système le plus adapté au présent si on en admet le principe « juste ! », je crois que nous trouverions rapidement et définitivement une sortie de la crise actuelle, et il n’y

a aurait plus d’autres crises monétaires à l’avenir dans ce cas !

Quant à la deuxième objection de Keynes, elle est tout aussi scandaleuse et devrait, à mon sens ridiculiser Keynes sur ce point. Keynes écrit (deuxième passage bleu) :

« Il n'avait pas compris en particulier que la monnaie n'est pas la seule richesse assortie d'une prime de liquidité, qu'il n'y a qu'une différence degré entre elle et beaucoup d'autres articles, et qu'elle tire son importance du fait qu'elle a une prime de liquidité plus forte qu'aucun autre article. Si les billets en circulation devaient être privés de leur prime de liquidité, toute une série de succédanés viendrait prendre leur place, monnaie de banque, créances à vue, monnaies étrangères, pierreries, métaux précieux dans leur ensemble, etc. A certaines époques, ce fut sans doute, comme nous l'avons indiqué précédemment, le goût de la propriété foncière, abstraction faite de son rendement, qui contribua à maintenir l'élévation de l'intérêt — dans le système de Gesell ce phénomène serait rendu impossible par la nationalisation des terres. »

C’est du n’importe quoi de quelqu’un qui s’abaisse au niveau du café de commerce !

Il est faux de dire qu’un autre objet, quel qu’il soit, ait la qualité de liquidité comparable à la monnaie !

Les billets « privés de la prime de liquidité » inciteraient certainement les agents à s’en défaire comme Keynes le remarque justement.

S’il avait lu plus attentivement Gesell il aurait trouvé effectivement que la qualité « fondante » se répercuterait sur les dépôts à vue et pousserait les taux d’épargne au voisinage de zéro.

En ce qui concerne les monnaies étrangères, les pierreries et les métaux précieux, on pourrait ajouter le pétrole ?,  toutes ces choses n’auraient jamais un impact comparable que la monnaie elle-même ! de plus, ceux qui spéculeraient avec cela devraient néanmoins s’exposer à d’autres risques dès lors que le législateur veut se donner la peine d’y veiller (un peu) !

En clair, être poussé à se défaire de la monnaie liquide, instrument même du fonctionnement économique satisfaisant, c’est parfaitement souhaitable et salutaire. La monnaie fondante resterait indéfiniment disponible et c’est tout l’effet recherché !

L’acheteur d’objets durables (l’or par exemple) libère précisément la monnaie avec laquelle il les achète, et cette monnaie serait toujours disponible, jamais thésaurisée !

En conclusion au point 1), il reste que l’intérêt ne baissera jamais sous 3 ou 2% avec la monnaie actuelle !

2) Pour la deuxième question, les fluctuations des taux se font entre 2% (minimum) et beaucoup plus, en fonction de l’inflation du moment.

Sous 2%, la monnaie refuse de circuler, c’est la trappe aux liquidité qui s’ouvre, Keynes a pu piocher cette notion aussi chez Gesell, il a bien pu trouver ça aussi tout seul ou ailleurs !

3) Oui, c’est la « prime de (renonciation à la) liquidité popularisée par Keynes et qui s’appale « intérêt fondamental » ou intérêt monétaire net !

C’est la rente capitaliste tout simplement, et de ce fait représente la plus-value de Marx, mais amené tout autrement que chez Marx.

L’exploitation capitaliste est la conséquence de ce système monétaire millénaire (qui en est la cause !).

L’exploitation de la force du travail et l’extorsion d’un sur-travail chers à Marx sont des conséquences de ce système !

Il s’agit bien d’une  « rémunération », mais elle n’a vraiment aucune légitimité morale, mais elle est inéluctable avec la monnaie actuelle !

Ceci se vérifie lors des crises économiques où les plus grosses installations industrielles, sources de profit et de surprofits en temps « normal », peuvent basculer très vite dans le rouge, et elles ne valent dès plus rien !

Pourquoi ? L’obsolescence n’explique pas tout, sauf à considérer que le repli de la monnaie pendant la crise rendrait « obsolète » à peu près tout sur son passage !

L’intérêt monétaire est la fraction essentielle et irréductible du profit productif, la part marchandise est soumise aux aléa de la concurrence, de la surproduction, des anticipations erronées,  des modifications de loi ou de mode !

Alors, tu vois, les réponses geselliennes tiennent la route !

Le facteur temps affecte tout, et la monnaie prélève la rente du temps (time is money !).

4) dans le système actuel, les banques centrales peuvent émettre à zéro%. Mais il s’agira d’une monnaie qui n’apparaître sur le marché monétaire qu’avec un intérêt de 2 ou 3% comme indiqué plus haut.

Si le marché bloque (crise de confiance), cette monnaie ne sera pas prêtée et disparaîtra dans les coffres.

Cela ne changerait qu’avec la monnaie fondante !