Chers amis, je vous propose cette fois-ci un article davantage "travaillé" et qui reprend des faits largement admis par tous tout en aboutissant à une conclusion un peu nouvelle. J'évite toute attaque et toute polémique, promis, juré, craché!

Le 20 décembre 2008

A propos de la situation actuelle et ce qu’elle implique pour le capitalisme

On peut remarquer que le système monétaire engendre le capitalisme tel qu’il est. Ce système fonctionne par la succession de phases d’expansion plus ou moins longues et de crises plus ou moins aigues, puis chroniques.

Toute l’histoire depuis l’antiquité est émaillée de successions de ces cycles.

Pour centrer le débat, il suffit de s’intéresser à la période présente, plus précisément à partir de 1945, c’est déjà beaucoup.

Après les destructions liées à la deuxième guerre mondiale, notamment au Japon et en Europe, il se trouve que l’essentiel des richesses du monde capitaliste était américain en 1945. L’Amérique a eu des pertes aussi, bien sûr, mais elle s’est retrouvée créancière des autres, davantage touchés.

Les Etats-Unis ont ensuite initié la période de reconstruction avec des dons et de prêts de capitaux considérables, je ne vais pas exposer les détails, ce serait trop long.

Toujours est-il que le soutien matériel et surtout les garanties américaines ont permis de redémarrer et de redonner aux agents économiques la confiance toujours nécessaire.

Au début, les capitaux européens et japonais étaient nuls ou plutôt faibles, et il n’était pas toujours possible de financer tout ce que l’on aurait voulu.

Mais cela changea rapidement, et les années 50 et 60 restent dans l’histoire comme les années du « miracle économique », encore appelées les « trente glorieuses » (1945-1975 grosso modo).

La période conjuguait très efficacement  une économie de marché stimulant le jeu de la concurrence couplée à des taux de croissance forte ainsi qu’une redistribution des richesses qui irriguait très largement les populations, avec des hausses de salaire régulières et importantes, et des avancées de justice sociale considérables.

Il est à remarquer que cela fonctionnait d’autant plus efficacement, selon les pays, que les destructions étaient plus massives, d’où notamment l’évolution remarquable du Japon et de l’Allemagne de l’Ouest. Tout cela est largement admis.

Cette période de forte expansion capitaliste et marchande a cependant eu pour résultat, en dépit d’une redistribution meilleure qu’aujourd’hui, un enrichissement déjà très importante d’une petite minorité.

Les grosses fortunes, reliées sans doute en partie aux héritages du passé, mais pas seulement, se constituaient  ou se reconstituaient encore plus vite que la redistribution. L’accumulation des grandes fortunes suivait une courbe exponentielle beaucoup plus forte que la croissance économique dans son ensemble et celle des salaires.

Ce phénomène s’est encore accentué entre 1975 et 2008, où la part des salaires a même sensiblement reculé par rapport à la par « revenu du capital ».

Ces grandes fortunes cherchaient évidemment toujours des placements rentables et poussaient, par leurs investissements, au développement industriel et des infrastructures comme nous avons vu.

On peut faire la remarque que le pétrole abondant et pas cher y a évidemment joué un rôle important.

On dit d’ailleurs que le « choc pétrolier » de 1973 avait déclenché la fin de ce long cycle d’expansion et de prospérité « sans gros nuages ».

Ce qui a suivi est lié au fait que les capitaux disponibles et très abondants ne trouvaient plus les rendements auxquels ils étaient habitués, d’où une première crise de « confiance » des investisseurs, les premières faillites  ayant entraîné très vite un défaut d’investissement et une montée rapide d’un chômage de masse qui allait s’aggravant avec des hauts et des bas jusqu’à aujourd’hui.

Les gouvernements ont réagi assez énergiquement en empruntant massivement ces capitaux auprès des épargnants pour les réinjecter, autant qu’ils pouvaient, dans l’économie via des infrastructures ou des productions initiées par eux. Les états apparaissaient, et cela aussi ne fait que s’accentuer, comme les débiteurs en dernier ressort, nécessaires pour recycler les capitaux énormes disponibles du fait de l’enrichissement des happy few.

L’industrie de l’armement est aussi un moyen puissant de soutien à l’activité, car la fabrication tous ces « jouets » fort coûteux prélevait de la richesse et maintenait à flot le secteur de la production marchande du fait que celle-ci pouvait continuer à produire sans être noyée par sa propre efficacité qui aurait trop réduit les profits par une offre surabondante.

Cela est vrai dans tous les pays, et cela est spécialement flagrant pour les USA qui ont assez largement délaissé la production marchande –relativement à leur consommation, s’entend- en créant un complexe militaro-industriel tout à fait énorme, détourné de la production marchande.

On retrouve la conséquence de cela dans la balance commerciale constamment déficitaire, et de plus en plus, de ce pays qui apparaissait ainsi comme le soutien de l’économie marchande du reste du monde et des grands pays exportateurs, L’Allemagne, le Japon, aujourd’hui la Chine, et quelques autres « émergeants ».

Le monde entier s’arrange de ce déséquilibre pendant très longtemps, car le « crédit » des USA vis-à-vis du monde semble à ce point « illimité » et arrange tout le monde. Car la monnaie mondiale est bien le dollar, et il suffit aux américains d’en émettre suffisamment pour irriguer le monde entier. La monnaie fabriqué dans un pays en échange de la marchandise du reste du monde ! Cela va bien tant que la confiance n’est pas entamé et tant que le reste du monde reste pauvre et désireux de travailler pour une monnaie de singe.

Cela implique que le reste du monde a ainsi soutenu une consommation extrême aux USA et qu’en réalité le reste du monde a travaillé pour les consommateurs américains qui ne pourront évidemment jamais rendre en produisant tout ce qu’ils ont pris tout en fabriquant des armes en générant un poids militaire équivalent à celui du reste du monde réuni!

Or, tout cela ne suffit pas et surtout ne suffit plus pour stabiliser le système, car la logique du rendement capitaliste doit toujours chercher des placements nouveaux, les états ne peuvent pas s’endetter davantage du fait du poids de la charge de la dette, et les placements « risqués », genre subprimes, doivent être inventés pour capter l’épargne en excès. On doit déréguler, car, sans cela, il n’est plus possible de recycler les capitaux excédentaires d’une façon « rentable », en tout cas « rentables » selon les prévisions et anticipations plus ou moins farfelus mais néanmoins longtemps acceptés par les agents économiques fortunés. De toute façon, ils ont tellement d’argent que la part placée à haut risque ne leur manque pas tout de suite, et le petit jeu peut ainsi bien durer quelques années. Pour Madoff, c’est en fait quelque chose de semblable, même s’il y a là encore plus clairement l’intention de frauder et de faire de la cavalerie financière, évidemment.

La « vertu » que l’on peut trouver avec Madoff, ce serait une destruction massive des fortunes qui entraînerait l’extinction d’autant de dette, qui que Madoff est ce débiteur insolvable, donc les créanciers auront perdu au moins cela!

In fine, on peut faire l’hypothèse que si la destruction des fortunes n’était pas « que » 50 milliards de dollars, mais si elle pouvait atteindre plusieurs milliers de milliards de dollars (ce qui est loin d’être le cas), il y aurait une extinction des dettes d’autant, et l’économie repartirait « comme en 1945 » !

Ces destructions avaient été pratiquées dans le passé via des guerres et les faillites des états, peut-être pourrions-nous faire l’économie de la prochaine grande guerre mondiale ? Ce serait trop risqué, peut-être une prochaine cessation de paiement de l’état américain (probable !) est une étape nécessaire avant tout redémarrage possible ?

Un tel événement comporterait évidemment des risques énormes de troubles sociaux ou de guerre civile mondiale.

Une solution pacifique face à une telle menace serait l’instauration de la monnaie fondante qui organiserait non pas la destruction massive du capital mais une « euthanasie lente des rentiers" chère à Keynes qui a prélevé cette pensée schez Silvio Gesell.

Johannes Finckh