Subject: Re: le silence tue!

Bonsoir Johannes

Tu es très en colère et tu écris en gros caractères pour bien le montrer. Je ne sais pas si je fais partie des économistes professionnels, mais il faudrait que toi aussi tu acceptes d'apprendre ou tout au moins entendre des choses sur la question monétaire:

1. tu soutiens que les billets de banque sont la seule "vraie" monnaie, celle émise par les banques centrales. Question .Vu que les Banques centrales n'existent que depuis le XIX° siècle, 1800 pour la France et 1844 pour la Banque d'Angleterre, faut-il en conclure qu'il n'a pas existé avant cette date de "vraie monnaie"? D'autant plus que les billets de banque qu'elles éméttaient à cette époque étaient soumis à des normes très strictes de convertibilité et d'émission ( comme dans le Banking Act de 1844) . Ceci faisait qu'en réalité la "vraie monnaie" était l'or (et l'argent en france). Le billet de banque français a eu du mal à s'imposer . Jusqu'en 1848 il n'a même pas cours légal puisque les Trésoriers payeurs le refusent comme moyen de paiement des impôts.

2. La Constitution monétaire des pays modernes est certes liée à la construction des Etats-nations comme acte de souveraineté.Ces politiques sont liées au paiement de l'impôt, le fameux Seigneuriage dans lequel celui qui a le monopole d'émission de monnaie exige le paiement des impôts dans sa propre monnaie. Il y a aujourd'hui un seigneuriage américain, ce pays emmettant la monnaie mondialement "vraie" par le défcit de sa balance des transactions courantes.

Ceci est  ancien mais les Etats modernes l'ont raffiné comme ils ont pratiqué des politiques d'unification linguistique.Mais, si l'on peut dire qu'il y une Politique de la langue,les langues ont existé avant les Etats ou aujourd'hui encore indépendamment d'eux ( mais pas des communautés). Pareil pour la monnaie. Si elle est devenue étatique dans la période moderne, toute monnaie n'est pas étatique. On le voit d'ailleurs aujourd'hui sous nos yeux avec la globalisation

3. La vraie monnaie c''est celle que les agents reconnaissent comme capable d'éteindre immédiatement sans coûts toute dette. Les billets ont cette vertu mais à condition de passer au cours forcé ce qui n'existe en fait que depuis le XX° siècle.Il y a là dessous une question de fides et de légitimité, mais dans les années Trente, le sociologue François Simiand disait déjà que " l'or est la première monnaie fiduciaire"

4. Tu peux distinguer effectivement Monnaie et crédit. Mais tant que tu n'accepteras pas le fait que les crédits font les dépôts, il sera difficile de dialoguer. Le système bancaire est hiérarchisé, les différentes monnaies convertibles entre elles . On peut dans espace national, considérer effectivement que le billet de banque inconvertible est la monnaie ultime, celle qui sert de refuge en cas de crise générale de la liquidité ( les fameux "runs" bancaires) . Mais dans la vie ordinaire, tout ce qui éteint imméditement une dette sans coûts est monnaie pour les agents.

5. Joseph Schumpeter disait que le Socialisme nous rendrait meilleurs économistes. En effet dans un système socialiste avec banque unique et monnaie scripturale, chacun ayant une carte, les comptes seraient débités et crédités automatiquement selon les opérations: la monnaie joue son rôle de comptabilité sociale. Le problème a résoudre étant alors de décider quel montant doit être émis et en faveur de quel type de production: c'est le principe de la planification

Amitiés, Lucien

Cher ami, merci pour ta réponse! Tu m'as un peu entendu, j'essaie d'en faire autant!

Mes remarques "geselliennes":

1,2 et3) Tu as raison sur le plan historique évidemment, mais il ne me semble pas soutenir sur ce point un point de vue "intenable" ou même très différent. Car ce que tu exposes dans le point 3 complète ma position! Evidemment, avant cela, et depuis la nuit des temps, en fait, depuis la Grèce antique au moins, c'était bien l'or et, éventuellement l'argent, qui était la "vraie" monnaie qui éteignait les dettes immédiatement. Le cours forcé des billets des banques s'est imposé au xxème siècle partout, et sans doute définitivement depuis le geste de Nixon qui a fini par rayer d'un trait de plume la convertibilité du dollar en or en 1971! Je te rejoins encore pour reconnaître évidemment que c'est le sceau de la loi et de l'Etat qui confère à la monnaie cette qualité! La monnaie non-étatique est étatique! Car elle est reconnue comme telle! Et elle n'est plus "convertible" comme tu le remarques justement, et elle ne doit pas l'être! Ce qui la fonde est ce que je peux acheter avec! L'abandon de l'or est une bénédiction du fait que l'or est insuffisamment disponible et indéfiniement thésaurisable et disparaît, de ce fait même, régulièrement et massivement de la circulation. Nous pouvons ainsi remarquer que l'affluence de l'or, par exemple l'or de Incas (Pérou), avit irrigué l'Espagne puis toute l'Europe dès 1500 pendant au moins un siècle, avant de s'essouffler à nouveau du fait de la fabrication des bijoux et autres objets non monétaires! Et aussi de la thésaurisation et de l'expansion économique qui produisait ses propres effets de dilution.

En même temps, les lettres de change et autres instruments bancaires se mettaient en place, dès le moyen âge et la renaissance, sans entamer en rien le fait que c'était bien l'or le repère du système! L'avantage était le fait que l'on ne pouvait falsifier la monnaie ainsi.

Il y a eu aussi, entre 1150 et 1450, du temps de cathédrales, le système de Templiers et, en Allemagne, le système des Braktéates, véritable monnaie fondante déjà. Cette période rest dans l'histoire comme une des plus prospères: construction des villes européennes et cathédrales, etc...

4) Je peux distinguer "monnaie" et "crédit"! Merci. Plus loin, je considère que je dois le faire! Car, la monnaie fiduciaire est un pouvoir d'achat net. Pas le crédit! Qui dit crédit, dit dette! Et ce que j'achète en plus en faisant des dettes, le créancier l'achète en moins! Forcément! Je précise néanmoins que le fait de détenir un billet, et surtout le fait de détenir de grandes quantités de billets comporte un sérieux problème quant à la circulation de ceux-ci! (cf6)

Si les crédits font les dépôts, cela implique néanmoins que la banque créancière doit se refinancer dans le même mouvement, forcément. En prélevant sur d'autres déposants (qui apparaissent comme des créanciers/épargants), peu importe s'ils viennent de la même banque ou d'une autre.

Passer d'une monnaie à une autre par le biais du change et de la convertibilité n'y change rien, mais mondialise la question.

Ton rappel de la "vie ordinaire" et de ce qui est ainsi "monnaie" reste cependant une approximation que la crise actuelle, tout comme toutes les crises du passé, révèle crument et cruellement!

Une créance doit, à tout moment, être couverte, et si elle ne l'est pas (cf Madoff!), nous assistons à une destruction de capital plus ou moins massive dès que cela se sait.

Si le système a pu tenir tant d'années, c'est que les réserves des prêteurs investisseurs) étaient à ce point énormes, et ceci leur évitait de se rendre compte de la supercherie du fait d'un crédit usurpé longtemps... Les crédits font les dépôts des débiteurs, pourquoi pas, ils peuvent ainsi payer leurs achats et investissements. Mais ces mêmes "dépôts" sont diminués et non disponibles chez les créanciers.

Car les banques doivent se refinancer tous les jours : cela s'appelle la compensation! Et elles n'accordent un crédit qu'après avoir vérifié qu'ellent peuvent se refinancer et que l'emprunteur paraît "digne" de ce crédit, autrement solvable!

Elles peuvent, en cas de crise de confiance, et grâce au fait que la monnaie est en papier imprimé, et grâce au fait que toute référence à l'or est abandonné!, obtenir des banques centrales, soit des liquidités, soit des "droit à des liquidités" sous forme de monnaie bancaire centrale via la baisse des réserves obligatoires et la garantie de pouvoir s'en procurer tout l'argent nécessaire en cas de besoin, même si ce cas n'a pas besoin de se réaliser tout le temps! Il s'agit là d'un forçage du système.

5)Schumpeter veut proposer un système sans aucune monnaie fiduciaire? Selon la planification décidée, le système serait toujours alimenté d'une liquidité jugée "suffisante"? C'est intéressant à méditer, mais je crains néanmoins que l'émission de liquidités aurait du mal à réguler les "besoins" des agents dans le détails, car la dite planification étatique ne saura guère prendre en compte  les désirs souverains des agents, et la planification étatique ne me semble absolument pas compatible avec la libre entreprise. je suppose que tu peux en convenir.

6) En tout cas, il reste que le pouvoir d'achat net circulant est la promesse (fides) que tout peut, en cas de besoin, être soldé avec de la monnaie liquide!  Et précisément, une bonne partie de cette monnaie liquide, notamment les grosses coupures, comme les billets de 500, 200 et 100 euros, mais sans doute aussi le petites coupures de plus en plus, ne circulent que mal! Les agents les retiennent dans leurs coffres et sous le matelas. Où sont les gros billets de toutes les monnaies nationales, pourtant émis par centaines de milliards?

Les banques proposent un intérêt d'épargne, sans quoi, la trappe aux liquidités serait encore plus massive!

Le projet de la monnaie fondante veut remédier à ce problème, seul moyen pour les banques centrales d'assurer une circulation véritable et un volume de transactions stable sans crise!

Le fait que  les gros achats ne sont pas effectués avec la monnaie liquide, mais avec la seule promesse de liquide via des transferts de créances, implique simplement que la quantité de mannaie liquide circulante n'a pas besoin d'être très importante pour déployer toute son efficacité.

Les transferts de capitaux n'ont pas besoin de se faire en liquide, évidemment, car la "confiance" en la solvabilité suffit en général.

Si,pour acheter un bien important, il faille un chèque de banque ou des virements immédiatement vérifiables en dit long sur la nature de créance de ces transferts.

7)Sur le plan moral et philosophique, il me semble toujours aussi inconcevable pourquoi une institution publique, à savoir la monnaie liquide, peut impunément être soustrait massivement à son usage et peut ainsi opérer ce chantage permanent qu'est l'intérêt de la monnaie, qui est et reste la rente capitaliste proprement dite!

C'est comme si le système routier public qui serait soumis à des taxes privées de la part de certains agents qui se permettent d'installer des péages comme bon leur semble!

A+, passe de bonnes fêtes, avec Christine et tous les tiens.

Johannes Finckh