Je distingue clairement entre deux choses:

1) Le "riche", le fortuné, le "capitaliste", celui qui a beaucoup d'argent et qui peut opérer des placements.

Il s'agit bien naturellement d'un acteur économique qui, comme tout autre, veut faire au mieux et placer le plus avantageusement possible son patrimoine. Une gestion prudente et libre de ce patrimoine, tout en cherchant à "payer" le moins possible d'impôts etc..., je ne condamne aucunement une telle attitude, car s'assurer un avenir "SDF" (sans difficultés financières) est légitime et, à mon goût, jamais condamnable! Je ne veux pas m'en prendre "aux riches" parce qu'ils sont riches, pour moi, cela n'a aucun sens!

Plus loin, on peut certainement déceler que, dans bien des cas, mais cela n'est pas toujours ainsi, que l'enrichissement de certains avait dû se faire avec des méthodes pas toujours respectables, c'est entendu. Parfois la justice s'en mêle à juste titre...

Mais le débat n'est pas là pour moi!

2) L'enjeu, pour moi est le suivant:

L'ordre monétaire comme tel est une construction qui impose une violence intrinsèque inéluctable, même si tous les citoyens agissent conformément à la loi et d'une façon "moralement impeccable"!

Les délocalisations et les licenciements pratiquées par les dirigeants dans des entreprises même confortablement profitables ne sont pas illégales bien souvent! Les gestionnaires agissent conformément à leur souci patrimonial et à celui de leurs actionnaires qui sont les donneurs d'ordre. On peut le déplorer et blablabla!

Silvio Gesell écrivait déjà, p. 348 de l'ordre économique naturel (1911 en allemand ,traduction française 1948):

"Notre monnaie traditionnelle est capable de prolétariser complètement les masses; elle n'a besoin pour cela d'aucune aide. Le prolétariat apparaît inévitablement là où circule notre monnaie traditionnelle. C'est le corrollaire de l'argent traditionnel. Sans échappatoire, sans peine, sans si ni mais, le prolétariat se déduit directement de notre monnaie classique. La mendicité généralisée doit inévitablement accompagner notre argent"

C'est de cette violence systémique qu'il s'agit et qui s'installe même dans l'hypothèse d'un système socialdémocrate "à la suédoise" par exemple qui avait le souci d'organiser un peu plus de justice sociale. Toutes les mesures sociales, bien sûr nécessaires, ne peuvent pas beaucoup contre cette mécanique redoutable.

3) Avec la monnaie fondante est visé ceci:

*la gestion individuelle pour se prémunir et s'assurer un meilleur avenir sera tout autant encouragée et pratiquée qu'actuellement, avec la nuance suivante: Il est établi, du fait de cette nouvelle monnaie pourvue d'une date limite,  que cette monnaie sera toujours disponible et bon marché et reste dans le système et ne saurait le quitter. De ce fait, la confiance des acteurs (banquiers par exemple) ne souffrira plus les violentes variations comme actuellement. Il n'y aura plus de crise systémique précédée de périodes hyperspéculatives, mais tout se déroulera bien plus tranquillement sans jamais s'effondrer. Il n'y aura plus de crise de refinancement possible!

*il est néanmoins vrai qu'en ne soustrayant plus la monnaie à sa fonction échangeante et en rendant régulière et stable sa circulation en toute circonstance, les opportunités hyperspéculatives disparaîtront pour la plupart d'elles-mêmes, car ces opérations nécessitent de fréquents allers et retours entre placements et préférence pour la liquidité. En rendant la détention "risquée" selon un mode de monnaie fondante, les acteurs (nous sommes tous spéculateurs, en jouant au loto par exemple...), il est clair que les placements sûrs et tranquilles gagneront la préférence de tous. Leur prix va sans doute même augmenter au point que leur rendement net finira par décroître à moyen terme. Les placements rentiers "bon père de famille" seront sûs et de plus en plus sécurisés (en valeur) par le système de la monnaie fondante. Par contre, leur rendement peut et doit baisser, et il osciller, à terme, autour de zéro. C'est cela "l'euthanasie lente du rentier" évoquée par Keynes et qui a puisée dans sa lecture de Gesell.

*l'objection que les gens n'investiraient plus ne tient pas! Car préserver son patrimoine - sans travailler!- et sans perte repésente déjà un moteur suffisant pour continuer cette form d'épargne. Car rappelons que tous ceux qui s'y refuseraient rt qui garderaient, malgré la "fonte monétaire", des liquidités importantes, seraient rapidement sanctionnés par une perte substantielle et strictement proportionnelle à leur magot! Placer pour préserver son bien dans l'avenir, telle sera la seule devise!

*l'autre objection que les gens thésauriseraient alors autre chose, les perres précieuses, des tableaux, etc..., est faite aussi par Keynes! Sauf qu'il ne saurait s'agir d'une objection, car la thésaurisations de tels objets n'a absolument pas la la même conséquence que la spéculation avec la masse monétaire! Il s'agit, en réalité, d'un problème marginal,et il y a quelques moyens légaux d'y répondre efficacement si cela deviendrait nécessaire. L'or est et restera démonétisé bin sûr!

*il s'agit donc bien d'un changement de système: le capitalisme cessera d'être le capitalisme tout en maintenant une économie de marché stable, libre, productif et efficace.

*cela aura aussi des conséquences sur le désendettement qui sera exactement concomitant du fait que les "riches" cesseront de s'enrichir en dormant mas qui restent, au mieux, comme ils sont, et la reistribution lente de leurs biens s'organisera du fait même qu'ils sont, eux aussi, mortels. Car l'enrichissement des riches est directement parallèle au développement de la dette depuis toujours. En supprimant la mécanique de l'enrichissement lié au système des intérêts et des intérêts composés, une politique de déendettement à la publique et individuelle se mettre d'elle-même en place!

*ce désendettement généralisé qui en résultera assez vite, et du fait des taux d'intérêt proches de zéro, aura pour conséquence de pouvoir réaliser des "investissements durables à faible rendement", on pourra, enfin, faire véritablement une politique "écologiquement correcte".

*du fait de l'investissement facilité et de l'ambiance d'une demande marchande soutenue sans inflation!, il est sensible aussi que l'emploi va croître et que  nous atteindrons assez vite une situation de plein emploi, un autre facteur qui poussera les salaires à la hausse et qui contribuera aussi à entamer la rente capitaliste actuelle.

Bien des perspectives s'ouvriront avec l'introduction, techniquement assez simple, de la réforme monétaire de type "monnaie fondante" (ou monnaie pure ou franche), alors faisons-le.

Le risque que ce système cacherait des "vices" qui en ferait un remède pire que le "mal" actuel?

Je n'en vois aucun, et les geselliens réfléchissent à cette "utopie" depuis plus de cent ans, et nous n'avons jamais lu des objections ni théorique ni pratiques.

L'obstacle est de l'ordre de la résistence intellectuelle des "savants", et, sans doute, les représentants de la haute finance s'en méfient (en partie à juste titre), car cette réforme, contrairement aux recettes de Marx, éradique effectivement le capitalisme à sa racine sans pour autant confisqer ni la liberté d'entreprendre ni la liberté tout court. Car le marché est une chose, et le "marché actuel soumis à la contrainte capitaliste" en est une autre!