à jean-louis magnol (et les autres, merci pour ce nouveau lecteur, j'espère que jean gadrey me répondra;

J'envois ce matin sur la théorie de la monnaie selon Silvio Gesell et aussi Helmut Creutz:

La monnaie telle qu'elle existe pose actuellement beaucoup de problèmes quant à sa vocation circulante; ceci n'est pas nouveau pour ceux qui savent lire par exemple Keynes, mais aussi Irving Fisher, et évidemment Silvio Gesell.

Cela étant, dans le passé et jusqu'à l'avènement de la crise systémique actuelle, ce fait était largement pu passer inaperçu, ou plutôt "marginalisé" et négligé par l'économie universitaire officielle de toute tendance. Une inflation modérée pouvait aussi contribuer à la maintenir, tant bien que mal, en circulation.

Ceci dit, cela n'était jamais suffisant, et les banques étaient toujours contraintes de proposer un intérêt aux déposants/épargnants pour les inciter à ramener le numéraire à la banque, offrant en échange une sécurité, une facilité d'usage via les comptes courants et, évidemment la rémunération par l'intérêt!

Cet intérêt monétaire fondamental (ou réel) est en vérité la rente du temps et le capital originel qui prend, en cas de crise, le pas sur tous les biens capitaux investis (exemple les actions, les immeubles, etc...).

L'intérêt de la monnaie avait été qualifié de "prix de l'argent", alors que Keynes le qualifiait (en s'inspirant de Gesell!) plus justement comme la "prime de la (renonciation à) liquidité.

Il évoque dans ce contexte aussi la "trappe à la liquidité" qui s'ouvre quand les taux d'intérêts baissent trop (en dessous de 2 ou 3%) et en l'absence d'inflation.

Il s'agit, en réalité, d'une extorsion permanente qu'impose le détenteur de liquide (ceux ont de la fortune financière) sur le billet de banque émis par les banques centrales. En clair, la construction monétaire actuelle permet et encourage même la soustraction d'un bien public de son usage normal!

Si, en effet, il est vrai que le détenteur d'un billet a le droit d'acheter ou de ne pas acheter des biens et services pour la valeur faciale de son billet, il doit être enfin établi que le billet ne lui appartient pas dans sa matérialité, d'ailleurs, il est interdit de détruire, car sa destination fondamentale est d'aller de main en main pour réaliser les transactions! Matériellement, le billet est ine institution publique.

Pour avoir une idée plus précise de quoi il s'agit, il se rappeler que les gros billets (les 500 et 200 euros, mais aussi les gros billets des autres monnaies) ont disparu de la circulation effective du fait de la seule thésaurisation! La preuve? Où sont-ils? Les voyons-nous? Il ont pourtant été émis en grande quantité par les banques centrales : de l'ordre de 100 ou 200 milliards d'euros en grosses coupures.

Il n'y a que les petites coupures qui continuent à circuler, et c'est ainsi depuis l'émission même de la monnaie européenne, tout comme c'était les cas avant avec les monnaies nationales.

En clair, la rétention liquide est massive, et cela a des conséquences lourdes sur le fonctionnement même de l'économie dans son ensemble.

Si les banques ne rémunéraient pas les épargnants, le phénomène prendrait très vite une allure déflationniste, et la crise systémique serait telle que les déposants tenteraient de retirer la quasi-totalité de leurs avoirs bancaires, ce qui serait évidemment la fin de tout...

Or, l'originalité de la monnaie fondante, c'est imposer aux billets une circulation régulière et imputer à ceux qui thésaurisent les frais de leurs agissements à la hauteur des dommages causés.

Bien entendu, les banques, dont la vocation est la collecte des fonds et de distribuer les crédits, seraient soumises à la même contrainte, et cela les dissuaderait de proposer un intérêt d'épargne et, surtout, les inciterait puissamment à redistribuer des crédits meilleur marché à tous ceux qui les soulageraient de leurs masses de billets et autres liquidités.

Entendons-nous bien: la qualité "fondante" serait nécessairement répercutée sur les comptes courants, car, évidemment, sinon, tout le monde se débarrasserait de l'usage du liquide. Quant aux comptes d'épargne, une certaine rémunération, selon les cas, resterait imaginable, mais, déjà, le fait d'échapper à la "fonte" en prêtant ainsi son argent (son pouvoir d'achat) à la banque, est déjà une "rémunération" au sens que l'épargnant s'épargne ainsi  la "fonte" sur son épargne. Les prêts aux acteurs économiques ne seraient pas complètement gratuits non plus, car les banques ont des frais de fonctionnement et doivent faire des bénéfices, évidemment.

Reste à la Banque centrale de veiller sur un indice de prix stable en retirant progressivement les liquidités excédentaires désormais "dé"-thésaurisées, car le système de la monnaie fondante fonctionnerait le mieux sans inflation et sans déflation.

Il est certain qu'un réforme de l'émission monétaire qui s'inspirerait de ces idées règlerait très rapidement, en quelques semaines, le problème de la crise systémique définitivement, même avac une croissance nulle!

J'attends de réactions pour y répondre!

JF